ART’icle du 17.02.2013

Sommaire:Chronique ART'icle17-23 fev-01

-MEA CULPA

-Musée gratuits. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour attirer les tunisiens.

-Patrimoine culturel, la course à la destruction. C’est au tour de sidi Bousaid d’en faire les frais.

-Chokri Belaid is not dead

-Atef Maatallah , Ibrahim Matous : Artistes à suivre de très près

MEA CULPA :

Depuis quelques semaines, cette rubrique a été délaissée par son rédacteur. Jury, examens, tests en tout genre… « je n’ai pas eu le temps » dirait tout tunisien, normalement constitué et formé, en essayant de se justifier. Mais au fond, est-ce une raison valable ? La jeunesse tunisienne (dont je fais partie) a pris l’habitude de rejeter la faute sur autrui afin d’éviter d’en subir les conséquences. Nous nous posons des barrières virtuelles, nous créons de faux problèmes qui bloquent la créativité et le potentiel qui sommeille en chacun de nous. Et tout cela nous éloigne de la réalité, nous emprisonne dans notre petit cadre universitaire, familial ou professionnel et nous empêche d’explorer de nouveaux domaines, expériences et activités. Pas d’excuse ! Il faut oser. Cette chronique fera alors un petit check-up de la situation, reviendra sur les événements qu’on a raté et comme d’habitude vous présentera le petit agenda culturel de la semaine.

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[toggle title= »1 /Et si le tunisien s’intéressait davantage à sa culture ? » state= »close » ]

[dropcap]P[/dropcap]our commencer, un petit rappel historique s’impose : la Tunisie, terre d’accueil et véritable éponge civilisationelle prenant tout ce qu’on lui offre, dotée d’un savoir ingénieux lui permettant d’en tirer un maximum de profit, a été (et l’est toujours selon moi) Berbère, Punique, Romaine, Byzantine, Arabe, Ottomane, puis tout simplement tunisienne. Que sait le tunisien contemporain, toutes tranches d’âge, origines et tendances culturelles confondues, de cette richesse culturelle de sa terre natale ? De nos jours nous sommes tous, à des degrés divers, témoins passifs et responsables du désintérêt que porte le tunisien à son histoire.

Pourtant « la matière » est bien là, accessible à tous ; analyses, études et articles publiés, témoins vivants et vestiges du patrimoine national, sites archéologiques et musées nationaux… meublent notre quotidien sans que nous y prêtions l’attention requise. Bon nombre d’entre nous a visité le musée national de Bardo (pour prendre en exemple le baptême muséologique du tunisien moyen). Mais combien d’entre nous y sont allé sans pression désespérée des parents ou obligation de l’école, collège ou lycée ? Malgré sa petitesse géographique, notre pays offre une palette riche et diversifiée, un mini-catalogue qui pourrait à lui seul résumer les deux rives de la méditerranée : Des villages berbères comme celui de Takrouna, perché au sommet d’un rocher isolé défiant la pesanteur.

Des sites puniques et romains, ports, villages, temples et forums de Carthage à Dougga en passant par Karkouène. Des médinas qu’on croit connaitre et avoir assez exploré (à travers les cartes postales et le faux vieux qu’on réalise de nos jours)… Tant de choses à découvrir à seulement 10, 20, 30 minutes ou quelques heures de notre nid douillet ! Nous, ces mêmes jeunes fan de « National Geographic » ou « discovery », qui fantasmons devant « Into the wild », suivons les aventures d’Antoine de Maximy dans « j’irai dormir chez vous » rêvant de voyage, d’évasion, de baskets et de sac à dos ! En voilà des idées, laissons nos excuses de cotés et commençons par visiter les musées. Le Bardo a d’ailleurs eu droit à un « lifting » que je trouve personnellement très réussi, avec une nouvelle entrée, de nouveaux espaces d’expositions dans une harmonie interne avec le Palais Beylical originel (transformé en musée depuis 1988 ) Celui de Sousse a rouvert ses portes le 09 juin 2012 …

Saluons le ministère de la culture d’avoir ouvert les portes de ces musées au public tunisien leur offrant un accès gratuit du 11 au 15 Janvier à l’occasion du deuxième anniversaire de la révolution tunisienne. Mais on est bien d’accord que le problème n’est pas là, les causes de la faible fréquentation de nos musées sont bien plus profondes et sérieuses que la question du prix du misérable ticket. Cela a quand même permis d’attirer l’attirer l’attention.

musée du Bardo

Site archéologique de Carthage

 

 

 

 

 

 

 

 

Musée de Sousse

 

 

Village de Takrouna

 

Dougga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[toggle title= »2 /Patrimoine culturel : la course à la destruction. » state= »close » ]

« Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya el-Tamimi el-Béji », originaire de Béja aux alentours de Manouba , installé sur la colline de « el mnara » à la quelle il donnera son nom par la suite, saint protecteur du village, maitres des mers et des marins, fait partie de près ou de loin de la mémoire collective des tunisiens. Il y est même encré ! Par une musique, un chant, des couleurs, des senteurs… à Sidi Bou tout s’entremêle pour ne former qu’une seule et unique image en bleu et blanc bien évidemment. L’histoire du « saint » quand à elle (à connotation religieuse maraboutique soufi) on y croit, on n’y croit pas ou on fait semblant d’y croire rien que pour entretenir des traditions populaires essence de la culture tunisienne.

Mais alors pourquoi tant de haine ? Le mausolée de Sidi Bousaid a été incendié le soir du 12 Janvier 2013 à la suite d’un acte de vandalisme qui laisse derrière lui plusieurs questions sans réponses. Car depuis mars 2012, quarante mausolées dédiés aux saints ont été brulés ou détruits sur le territoire tunisien d’après l’Union de Confréries Soufi de Tunisie. Sidi Bousaid, Sayda Manoubeya ou encore Sidi Ouerfelli ne sont donc que des numéros sur une liste bien longue (près de 2000 zéouias) pour les malfaiteurs.

Peuvent-ils seulement être conscients de la valeur patrimoniale, architecturale, culturelle, artistique que ces lieux revêtent. Ai-je dis conscients ? Bien sur qu’ils ne le sont pas. Ces Zaouias renferment, pour la plupart d’entre elles, des manuscrits et des exemplaires rares du Coran, de vraies œuvres de la calligraphie arabe, sont décorées des plus belles coupoles en stucs (na9cha 7dida), des faïences les plus anciennes peintes à la main selon les techniques ancestrales importées d’Andalousie, de plafonds en boiseries décorées finement travaillées par les artisans d’antan…

Nous faisons face à un phénomène qu’il faut prendre au sérieux. Un phénomène qui vise l’identité Tunisienne, la culture, les traditions et les biens… et un « Chaddina mta3 Manoubéyya » lors d’une interview télévisée ne nous suffit pas !

credit photo: Thierry Brésillon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[toggle title= »3 / “CHOKRI BELAID IS NOT DEAD”: » state= »close » ]

Le 06.02.2013 : Ambiance terne, climat tendu, temps triste, ce jour là les larmes ont coulé bien avant les premières bombes lacrymogènes. La journée a pris fin dès le petit matin : vers 8h15 la nouvelle s’est déjà rependue engendrant colère, stupeur et tristesse. A chacun sa manière de réagir, et très vite nos artistes nationaux se sont penchés sur leurs outils de travail pour exprimer leur surprise. Caricatures, peintures, TAG, montages… Les travaux qui ont vu le jour véhiculent deux messages ; dans un premier temps le deuil, puis l’envie de résister et de se battre. Car à travers l’assassinat du leader Chokri Belaid c’est la parole libre et courageuse qu’on a essayé d’étouffer. Raté, Wassim Ghozlani l’a superbement appuyé avec son « BELAID IS NOT DEAD » illustré des célèbres moustaches et du grain de beauté. Repose en paix Chokri.

 

(crédit photo: Akram Gassem,Oussama Troudi ,3am ettaher ,wassim ghozlani,Rachida Amara,ADENOV,Z,Willis from tunis)
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[toggle title= »4 / On les a raté: » state= »close » ]

Atef Maatallah: NO MAN’S LAND « oura léblayék », leçon de vie.

Non, ce n’était pas triste. Ce n’était pas sombre. Ce n’était pas déprimant non plus. C’était juste : beau, très profond et pas du tout innocent. Atef Maatallah retourne ses toiles, la pureté du blanc usuel ne l’intéresse pas. Comme point de départ donc, le revers d’une toile, gris-beige assez lourd. L’artiste annonce la couleur. Originaire du Fahs et considéré comme l’une des révélations artistiques de ces deux dernières années, A.M cherche, attend, capture, interprète et immortalise des moments ou les sujets se croient seuls, à l’abri de tout regard indiscret. Des sujets et des visages si singuliers et communs à la fois, présents à chaque coin de rue, dans les transports publics, aux marchés hebdomadaires, dans les salles d’attentes… Chargés d’émotions, l’artiste leur prête une attention particulière.

Armé de son stylo et de ses tubes de peintures, il peint, hachure, eclaire, retourne, cache et montre ce qu’il veut. Ces œuvres sont de veritables mises en scènes paradoxales ou il place le réel, cru, dur et parfois poignant avec l’imaginaire. Alors on se demande parfois ce que viennent faire ces grenouilles dans « Jema3 essalem » et ces oiseaux dans « Bzawech » dont l’un deux ne tient qu’à un fil, accroché nulle part ou encore ces fourmis géantes dans le casse croute d’un pauvre monsieur affamé… Y’a-t-il un rapport ? Rien n’est laissé au hasard dans les travaux de Atef Maatallah. Je peux vous dire que de cette exposition, à la galerie El Marsa, je ne suis pas sorti indifférent.

 

 

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 Ibrahim Matous: “HRIGUA” : brulures au premier et au second degré.

Ibrahim Matous n’a pas de visage. On n’a que les œuvres de l’artiste à recomposer et à analyser, pour essayer de deviner les traits du personnage. Un : il fait de la pyrogravure. Deux : il utilise le bois, tous les types et les bouts qui lui tombent sous la main. Trois : fan de cranes et de squelettes mais pas que et prends un plaisir fou à leur redonner vie. Quatre : fait des collages avec, entre autres, des paquets de cristal « national »… Belles, pourrait ne pas être l’adjectif le plus approprié à ses œuvres. Intrigantes, elles le sont beaucoup plus.

Le geste de l’artiste est visible, sa trace ; tel un tatouage gravé à jamais sur le support, oscillant entre hésitation et détermination, remarquable dès le premier coup d’œil exprime merveilleusement bien la douleur de la matière et les châtiments qu’elle subit. « kaff ou ka3ba 7aloua » de part et d’autre de la cicatrice, l’artiste maquille avec de la couleur, mais pas trop. Une thérapie personnelle qu’il transmet au visiteur. Artiste à suivre de très près…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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[toggle title= »PETIT AGENDA CULTUREL DE LA SEMAINE : » state= »close » ]

1/ NOUVELLE GRAVE

 

Du 19 février au 3 mars, à la galerie, c’est une exposition exclusivement féminine qui s’installe. A l’intitulé sec : « NOUVELLE GRAVE », cette exposition joue avec les mots. Elle présentera une nouvelle génération de dessinatrices et de graveuses qui veulent occuper l’espace et s’exprimer. Avec, entre autres : Amal Mokded, Fatma El Ouni, Leila Rokbani, Hela Lamine, Nourhene Ghazel, Donia Khouja… Le vernissage aura lieu à 18h00

 

 

 

 

2/ PENDUS SUSPENDUS

 

A la galerie YAHIA au Palmarium, Zied Ben Slema exposera pour la première fois du vendredi 22 fevrier au 5 mars.

 

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3/ Kun :

Vendredi 22 février 2013, la bibliothèque nationale de Tunis accueillera le célèbre artiste tunisien « NJA MAHDAOUI » pour la présentation de son nouveau livre « KUN ». Artiste visuel et chorégraphe des lettres, Nja bénéficie d’une notoriété qui a dépassé les frontières. Très prisé dans le monde arabe mais aussi dans le monde occidental, ses travaux ont habillé façades, avions, objets design… La presentation aura lieu à 16h00 au 1èr étage de la Bibliothèque Nationale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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4/ WORLD PRESS PHOTO :

L’Ambassade du Royaume des Pays-Bas à Tunis présentera du 22 février au 13 mars 2013 au Centre National d’Art Vivant, l’exposition de la 56e édition du World Press Photo. L’exposition reflète les plus belles réalisations de photographies de presse de l’année 2011, lauréats du concours World Press Photo de janvier 2012. Plus de 103 000 photos, prises par 5 666 photographes, avaient été soumises au jury, composé de professionnels du photojournalisme et de la photographie documentaire. La 56e édition a récompensé le photographe suédois Paul Hansen pour son cliché pris à Gaza.  [/toggle]

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