« Free Weld El 15 », Super Lune et blues du désert au programme de clôture de Mousiqa Wassalém

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[dropcap]C[/dropcap]e que je vais vous retranscrire, c’est une ambiance, une lumière, un regret. Mousiqa Wassalém c’est fini, mais les festivals d’été continueront de tracer leur sillon juilletiste-aoûtien. Malgré une 2ème édition décevante quant à la programmation – « Ah mais c’était mieux l’année dernière ! » – le public était au rendez-vous chaque soir à l’Esplanade du Musée de Carthage. Et il faut le dire, l’un des points forts incontestables de ce festival, c’est le cadre magnifique où se déroule celui-ci. Nous nous dressons fiers au-dessus d’une ville en demi-teinte, entourés de ruines et de projecteurs. Mais la véritable lumière nous parvient d’un phénomène céleste ayant marqué cette nuit du 23 au 24 juin : Une pleine lune 14% plus grande et 30% plus brillante que la normale ; une super-lune pour un super-concert.

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Sous cet éclat presque protecteur, Badiâa Bouhrizi fait son entrée sur scène avec son groupe Awalé. De l’afrobeat et de la musique éthiopienne au programme de cette première partie qui a duré une heure et demi ! Un tantinet long, surtout qu’à certains moments j’avais l’impression d’écouter une musique d’ascenseur exotique.  Lorsqu’un son ne nous parle pas, il ne nous parlera jamais. C’est malgré tout une première partie que j’ai aimée pour sa ferveur engagée, signature de pas mal d’artistes qui se produisent au festival (la rébellion Touareg de Tinariwen) et de son public également. Ainsi, entre deux titres, des appels à la libération de Weld El 15 (rappeur tunisien actuellement en prison à cause d’une chanson) étaient scandés. La situation surréaliste dans laquelle était empêtrées les libertés, toutes les libertés, s’exprimait dans les bouches et dans les corps. Danser. « Free Weld El 15 ». Chanter. « Free Weld El 15 ». Souffler. « Free Weld El 15 ». L’oubli est la pire des trahisons, et cette jeunesse a une mémoire vive, réactive, fougueuse. J’aimais l’énergie qui s’en dégageait, un concert est aussi une communion au-delà de la musique.

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Musique. Il est 23h15 lorsque le saxophone et les percussions se retirent pour laisser place aux guitares électriques nomades de Tinariwen (mot qui signifie ‘déserts’, en Tamasheq). La tête d’affiche du festival, c’est eux. J’y allais en exploratrice d’un genre qui m’était totalement inconnu (du « Blues Touareg » qu’ils disent), j’en ressors absolument ravie. Avant d’entrer, une amie croisée dans la foule me raconte vite fait l’histoire du groupe : Celle d’Ibrahim qui jouait d’une guitare acoustique, reclus dans les déserts du Mali, et à qui un jour on offre sa première guitare électrique. En compagnie de ses frères d’armes, Ibrahim devient Tinariwen et Tinariwen devient un mouvement culturel et musical : Celui de tous les Touareg. Des petites cassettes qui ont fait le tour du Sahara au soutien inconditionnel de Robert Plant, chanteur des Led Zeppelin, Tinariwen devient un groupe mondialement connu. Après avoir culminé l’Europe, L’Asie et l’Amérique, ils atterrissent finalement en Tunisie et se sentent sur cette scène chez eux, comme sur toutes les scènes.

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le rythme. Les textes semblent évoquer la souffrance des peuples et de l’exil, alors que le rythme nous sommait de bouger jusqu’à l’épuisement. Les gens s’exécutent, un drapeau de l’Azawad est dressé et le relâchement des esprits se fait au gré des titres extraits de « Tassili », leur dernier album qui a reçu un prix lors des Grammy Awards de 2012. Une consécration pour une musique qui puise une partie de son  essence dans les sables du désert. On croit écouter quelque chose de traditionnel, et c’est là qu’une guitare électrique vient cracher sa modernité. Finalement, ce n’est pas un hasard si le blues est venu se mélanger à tout ça, la tristesse du Mississipi trouvant écho dans la rudesse du Sahara. Autour de moi les gens célébraient cette fusion du monde dans une rafale de vent et de liberté. Comme les nomades, ce soir-là on a beaucoup voyagé. Merci Mousiqa Wassalém et à l’année prochaine.

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