Le Challat de Tunis : La Curiosité de ce Printemps 2014


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[dropcap]L[/dropcap]e Challat de Tunis est le pari audacieux de Kaouther Ben Hania.
Formée à la prestigieuse école de cinéma française LA FEMIS et initiatrice du projet, Kaouther s’est donnée pour mission de traiter un sujet assez sensible dans la société tunisienne en prenant le parti pris risqué de l’humour et de la dérision.
De quoi s’assurer probablement les foudres de nos amis conservateurs et de déchainer les passions…mais l’objectif n’étant pas là bien entendu. L’essentiel étant d’appeler au débat et à partir de ces faits divers et de nos problèmes sociétaux et moraux, de convier tout ce beau monde au dialogue et à la communication.

Il faut savoir que la réalisatrice n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle a déjà réalisé deux courts métrage de fiction : Moi, ma sœur et la chose en 2006 qui abordait le culte inviolable de la sacro-sainte virginité, et le très récent Peau de colle qui racontait les subterfuges employés par une petite fille de 5 ans pour retarder sa rentrée à l’école coranique. Elle est également auteur d’un documentaire nommé Les imams vont à l’école, en l’occurrence on peut dire que c’est donc un terrain qui est  loin de lui être inconnuLa plupart de ses oeuvres ont toutes été très bien accueillies dans plusieurs festivals internationaux (IDFA, Dubai, Vancouver, Amiens…), néanmoins cela ne vaut pas la plus belle des reconnaissances qu’on puisse avoir, celle de la conquête de son propre public, celui du public tunisien. Etape justement cruciale qu’elle s’apprête à franchir avec ce premier long métrage qui sera distribué pour la première fois dans son pays natal.

 

Pour cette fois, Kaouther a choisi de s’attaquer, sous une forme plutôt originale, à la légende urbaine du Challat qui aurait sévi dans les rues de Tunis il y’a quelques années. Cette investigation sur ce mythe (avéré ou non) dont tout citoyen en a forcément entendu parler, ne se contente pas de donner corps à ce fantasme collectif mais va encore plus loin en allant jusqu’à railler la légende du Challat en en faisant une farce et en la démystifiant, offrant ainsi au spectateur tunisien et par extension, au spectateur arabo-musulman un reflet dérangeant de ce que sa société peut produire de pire.

Démarche qui sied à merveille à ce sujet étant donné la quasi-impossibilité de certitude et d’exactitude dans ce genre d’enquête, le procédé-leurre dérivé du Mockumentary qui allie fiction à la réalité,  nous pousse à douter et à nous poser encore plus de questions.
C’est ainsi que ce « documenteur » (et non docu-fiction, cela n’a absolument rien à voir) témoigne d’une nouvelle fraicheur dans le paysage audiovisuel tunisien. Nous avons besoin de gens qui osent, qui prennent des risques, qui vont à la rencontre de manière créative et subtile de ces thèmes qu’on ose pas souvent évoquer…rien que pour toutes ces raisons nous vous invitons tous vivement à aller le voir à sa sortie le 1er Avril.
Peut être le meilleur poisson que vous aurez l’occasion de déguster ce jour-là.

Casting Echellat-21

 

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