Enfin, sortie en salle d’ « El Gort »

« El Gort », le premier long métrage de Hamza Ouni sort enfin en salle en Tunisie après 2 années d’attentes.

On ne compte plus les prix qu’a eu ce documentaire tunisien. Après Abu Dhabi, Leipzig…la dernière distinction a été le Tanit de Bronze aux Journées Cinématographiques de Carthage dans la catégorie -documentaire-. J’ai assisté à une des projections dans ce cadres, et je dois avouer que je n’en suis pas sorti indifférent.

« El Gort » ou encore « Jmal El Barrouta » est poignant, fort et cru : à l’image de la réalité. Le documentaire « hyper réaliste » ne succombe pas à la tentation d’embellir le quotidien. Oui, il est moche, sombre et dur. C’est comme ça et puis c’est tout! Durant les 6 années de tournage, le réalisateur Hamza OUNI a suivi -de très près- deux jeunes tunisiens travaillant dans le commerce du foin : Mohamed ELAGERBI et Kairedine ELHAJRI. La proximité entre le réalisateur et les deux protagonistes se fait ressentir tout au long du documentaire et monte en crescendo à mesure que les années passent. Une complicité intime s’installe et permet de ce fait une totale exhibition des sentiments les plus profonds des sujets. Entre tristesse, fatigue, coups de blues, perte d’espoir et tragédies… l’humour est toujours présent pour illustrer à merveille le proverbe tunisien « kothr él hamm idha77ak » – « à force de malheurs, on rit ». Et on fini par ressentir de la sympathie pour eux. On se croirait presque amis! La sincérité et la spontanéité y sont pour quelque chose. Le titre arabe « Jmal El Barrouta » est d’ailleurs emprunté à une métaphore que Khairedine avait utilisé au cours du tournage pour imager leur situation : «  Nous, les travailleurs du Gort, nous sommes comme « jmal el barrouta » (le chameau qui ne fait que tourner sur place pour tirer l’eau du puits); une fois tombé par terre, on le remplace sans plus attendre. On s’en fout de sa personne« 

A la suite de cette projection à laquelle j’ai personnellement assisté, le réalisateur a pris la parole et s’est proposé à l’assistance pour débattre du film. Et là ma déception était grande, immense même, jusqu’à me pousser à la porte de sortie. Explication : « El Gort » est violent, OUI! Normal, ce n’est pas un feuilleton ramadanesque ni un divertissement post chorba où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Les remarques d’une partie du public présent ne sont pas allées au delà de la violence des propos de Khairedine et son ami Mohamed. Or ce documentaire est à lui seul un méga-miroir qui reflète l’image la plus laide de la société tunisienne dans ses disparités et ses paradoxes. Un film qui devrait pousser à la réflexion sur la violence du quotidien que vivent les sujets suivis plutôt qu’à la violence de ce qui sort de leurs bouches, car l’un n’est que le résultat de l’autre.

 

Zoopolis vous le recommande fortement. C’est à ne pas rater pour un public averti. Il sera en salle à partir de mardi 03 février 2015. Les détails seront communiqués sur notre agenda Zoopolis.

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