Violence(s), une mise à nu de Fadhel Jaibi

No_Violences_letemps

Après avoir clôturé la trilogie Corps Otages (Khamsun)- Amnesia (Yahya Yaiich) – Tsunami, Fadhel Jaibi et Jalila Baccar nous reviennent avec une nouvelle pièce de théâtre, une nouvelle expérience : Violence(s).

Le caractère sinistre de la scène, l’odeur étouffante de la poussière, le grand mur noir faisant allusion à l’enfermement et la prison, la musique tourbillonnante de Kais Rostom qui accompagne en live les acteurs, suivant le rythme de la pièce, Jalila qui entre en scène, boitant, les pieds traînant, le regard indifférent, le visage empli de haine, portant un miroir le mettant d’abord face à elle, puis face au public.
Tout participe à procurer une sensation de malaise, mettant le public face à ses propres démons.

[divider]

Peut être dit-on que des histoires de violences, on en voit, on en entend parler quotidiennement, dans les journaux, à la télé, sur les réseaux sociaux… Mais ce qui choque ici, c’est cette totale mise à nu de la mécanique qui nous conduit à ce déchaînement d’agressivité. C’est de voir ces comédiens incarnant leurs propres personnages, comme si de telles histoires pouvaient arriver, à vous, à moi, à nous les communs des mortels.

Fatma Ben Saidane assassinant son mari, qui avait entendu parler d’attentats et qui s’en contrebalançait carrément comme si c’était un fait tout à fait ordinaire et usuel… C’est cette banalisation et ce manque d’empathie qui nous broie. Il y a autant de violences dans les mots et les pensées qu’il y en a dans les actes.

Violence-Fadhel-Jaibi-Jalila-Baccar-3-Attilo-Marasco

A l’instar de cet élève qui n’arrive pas à rassembler ses idées, qui passe d’une chanson à l’imitation de la voix d’un célèbre logiciel anti-virus et qui répond à la question d’un commissaire qui l’interrogeait sur les raisons qui l’ont poussé au meurtre de sa prof de philosophie d’un simple « parce que l’amour n’existe pas ».
C ‘est aussi cette violence dans le silence, cette souffrance qui nous ronge de l’intérieur sans pouvoir l’exprimer, qui ne trouvant pas d’exutoire se déchaîne dans un acte ignoble et incompréhensible, comme un cri désespéré dans la brume électrique.
C’est le cas de cet homosexuel, qui par amour, décide d’en finir avec son amant, mais qui ironie du sort, tragiquement, ne se souvient même pas de son crime. Quoi de plus douloureux…

Qu’est ce qui pousse l’homme à commettre autant de crimes ? Jusqu’à quel niveau l’homme peut-il révéler cette monstruosité jusqu’alors insoupçonnée ? Le mal est-il présent en chacun de nous ? Attend t-il juste le bon moment, la bonne provocation pour surgir ?  Peut-on le comprendre et le dompter dans un certain sens ? Autant de questions sans réponses que Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar essayent d’élucider.

Violence(s) aura droit à 3 nouvelles représentations cette semaine. Le 4, 5 et 6 Décembre au Théâtre du 4ème art. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *