À PEINE J OUVRE LES YEUX : La victoire du cinéma générationnel !

Avec 5 prix décrochés aux dernières Journées cinématographiques de Carthage (Tanit de bronze – Prix UGTT pour le meilleur décor – Prix FIPRESCI – Mention spéciale du CREDIF – Prix TV5 Monde Compétition première œuvre ), on peut dire qu’À Peine J’ouvre Les Yeux, de Leyla Bouzid est pratiquement le grand gagnant de cette édition 2015.


Un palmarès attendu, étant donné que le film a déjà raflé moult récompenses à l’international (Prix du public des Venice Days à la Mostra de Venise, grand vainqueur du festival de Saint-Jean-de-Luz 2015, Bayard d’Or au Festival de Namur…)

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[dropcap]O[/dropcap]n connaissait déjà le grand Nouri, il va falloir désormais compter dans les prochaines années avec sa progéniture Leyla. Sauf que, à l’instar de Francis Ford Coppola et de sa fille Sofia, le style et l’approche sont radicalement différents, et ça tombe bien !

Dans À Peine J’ouvre Les Yeux, Leyla Bouzid entend disséquer une catégorie qu’on a très peu vu dans notre cinéma local contemporain, celle de la jeunesse tunisienne audacieuse et bouillonnante. Cette génération porteuse d’espoir, créative et rêveuse, qui appelle le changement. Le film étant drastiquement tunisien dans son essence mais qui est traité d’une manière qui relève plus du cinéma indépendant américain. 

Ce qui séduit surtout, c’est que pour une fois on est ni dans le cinéma misérabiliste prolétaire, ni dans le cinéma bourgeois bon chic bon genre.
La classe moyenne a rarement été aussi bien dépeinte à l’écran. Ce qui fait qu’un nombre important de jeunes tunisiens pourront allègrement s’identifier aux personnages du film.

On retrouve ce parfum de ferveur des lieux qu’on a côtoyé, de ces bars à l’ambiance rock n’roll et grungy, seuls refuges d’une jeunesse qui a longtemps été étouffée et forcée au mutisme avant un certain 14 Janvier 2011.

C’est dans ce contexte, qu’on suit l’entrée dans le monde adulte de Farah, qui passe le bac et qui rêve que d’une seule chose : mener à bien le projet de son groupe musical aux textes engagés et suivre des études en musicologie. Et c’est là qu’elle entrevoit le début des emmerdes… D’un côté les angoisses parentales se souciant de voir grandir leur fille dans un environnement qui lui est hostile et souhaitant plutôt l’embastiller dans un schéma conventionnel déjà tout tracé, et de l’autre un ordre établi qui n’a surtout pas l’intention de laisser bouleverser ses plans hégémoniques par une horde de jeunes saltimbanques.

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[dropcap]P[/dropcap]orté par deux comédiennes absolument convaincantes, Ghalia Benali et Baya Medhaffar (déjà présélectionnée aux Césars dans la catégorie meilleur espoir féminin), À Peine J’ouvre Les Yeux est un pur récit initiatique que l’on a tous plus au moins vécu.
Le moment du passage à l’âge adulte, lorsque vient la confrontation à la réalité et aux désillusions, jusqu’à cette envie pugnace de défier cette société autoritaire qui étreint nos aspirations à la vie, à un monde meilleur et plus juste.

Cette volonté se décline ici à travers la force de la solidarité de groupe, du pouvoir de la musique et des mots à rassembler les foules et les ardeurs (on salue la magnifique composition originale de Khyam Allami et le travail fourni par Ghassen Amami sur le texte ), mais aussi dans la pudeur du traitement du sujet. 
Le regard que porte Leyla sur ses protagonistes. Le temps des premiers émois amoureux, de la découverte sexuelle, des baisers des amants interdits à l’abri des regards, mais aussi celui des premières déceptions sentimentales et des peines de coeur…
Une intimité d’une tendresse et d’une sobriété qui fait plaisir dans le paysage audiovisuel tunisien.
Peut-être qu’en cultivant la culture de l’amour dans nos sociétés parviendrons-nous un jour à briser ce voile des tabous qui en vérité fait insidieusement le terreau de l’obscurantisme ?

 

Sortie dans les salles en Janvier 2016.


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