ENTRETIEN : Bilan des JCC 2015 avec Karim Rmadi

En ce début d’année, retour sur LE rendez-vous cinéma de 2015, la 26ème session des Journées Cinématographiques de Carthage qui a eu lieu du 21 au 28 novembre dernier.
Bilan de cette édition avec Karim Rmadi, coordinateur général du festival.

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Tout d’abord Karim, ça fait quoi d’être coordinateur général des JCC, comment avez-vous vécu cette expérience ?

Je l’ai vécue avec beaucoup de fierté et un peu d’appréhension, parce que les Journées Cinématographiques de Carthage est un grand festival très apprécié par le public.

Organiser les JCC c’est plutôt : La vie est un long fleuve tranquille, La grande vadrouille ou Il était une fois dans l’ouest ?

Il était une fois dans l’ouest. (Rires…)

Nous avons su que vous avez constitué une équipe jeune mais surtout féminine. L’ambiance au bureau durant les derniers mois c’était plutôt Almodovar genre « Femmes au bord de la crise de nerfs » ou bien Tarantino genre « Kill Bill » ?

Plus qu’Almodovar, Almodovar n’aurait même pas pu en rêver. (Rires…)

Concernant les projections, on nous a fait part d’un certain nombre de problèmes techniques à quoi cela est dû ?

Il n’y a pas eu de problèmes techniques, c’est même la première fois des JCC qu’il n’y a eu aucune projection annulée, nous avons eu, c’est vrai un problème de sonorisation pour les présentations de films le premier jour, parce que le ministère ne nous a pas fourni le matériel à temps, et ce problème a été réglé le lendemain.

Nous avons recueilli plusieurs témoignages, justement de projectionnistes qui déplorent un profond problème organisationnel et logistique, que leur répondez-vous ?

Je vais être franc, je crois que certaines personnes nous veulent du tort, autrement les projectionnistes m’ont dit que c’était l’une des meilleures sessions au niveau organisationnel, nous avons eu un léger souci avec la salle Amilcar, c’est tout.

Racontez-nous une situation ou une anecdote qui s’est déroulée pendant les JCC qui vous a complètement pris par surprise ?

(Rires…) C’était des surprises à chaque seconde ! Le plus dramatique c’était certainement l’attentat qui a eu lieu à cinq minutes de l’Avenue Habib Bourguiba où a lieu l’essentiel du festival. Mais je n’arrive pas à me rappeler d’une anecdote drôle par contre. C’était vraiment l’attentat qui nous a pris par surprise et avoir à gérer les renforcements sécuritaires et le couvre-feu a été très dur. On a par exemple les invités qui étaient logés dans différents hôtels, ils se rendaient compte vers dix ou onze heure du soir, qu’ils se trouvaient à l’Africa (QG du festival) mais il n’y logeaient pas, du coup il fallait donc les faire escorter par la police à chaque fois.

 

Justement, quelle a été votre première réaction après l’attentat du bus et comment avez-vous géré les JCC d’après attentat en tant qu’organisateur ?

Gérer les JCC après les attentats était plus simple que de gérer les JCC avant, parce que tout le monde était super compréhensif et les gens nous faisaient sentir qu’on faisait ce qu’il fallait en continuant le festival. En fait, au départ, il y a eu une petite panique, nous avons même pensé à former une cellule de soutien psychologique, mais au final le calme est vite revenu.
Au niveau de la direction, nous avons su très rapidement qu’il fallait continuer, nous avons juste attendu le OK des autorités. Donc, nous avons dû refaire toute une programmation en quelques heures, ce qui tient réellement du miracle.

 

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Vous êtes encore en train de faire le récap’ de la session avec votre équipe, pouvez-vous nous dresser un bilan en nombre d’entrées des JCC 2015 ?

Pour le nombre d’entrées des JCC 2015, il faut rester prudent car je n’ai pas les chiffres officiels, mais c’est à peu près 80 000 entrées à Tunis et 40 000 dans les 12 régions, ce qui fait 120 000 entrées en tout.

On a vu de nouvelles initiatives lors de cette session comme la billetterie centralisée, l’application Androïd, “Les JCC dans les prisons” et à l’université. Comment ces mesures ont été accueillies par le public ? Étaient-elles a la hauteur de vos espérances ?

Le grand succès c’était “Les JCC dans les prisons”. Ça s’est très bien passé, grâce notamment à la participation de stars comme Khaled Abou Naga. Il y a eu aussi des initiatives de plus petite envergure, comme la journée de rencontre entre les vidéos gamers et les scénaristes de cinéma, cet évènement m’a agréablement surpris. On a travaillé aussi avec plusieurs associations, dont « Dream Bigger » qui ont présenté un documentaire aux JCC.

Vous avez décidé cette année d’organiser les JCC dans douze villes sur tout le territoire pourquoi ?

Les JCC en régions se sont fait cette année en collaboration avec les Journées du Cinéma Européen qui ont demandé 9 villes, une ville a été rajoutée suite à une initiative locale, et deux autres sur demande du Ministère de la Culture.

Et le feed-back par rapport à cette expérience ?

Le feed-back général est très moyen, avec des villes où ça a bien marché, d’autres beaucoup moins. En terme d’entrées, 40 000 c’est très bien. Je pense qu’il faut améliorer la programmation, même s’il y avait de très bon films. Mais nous avons quand même réussi à créer une dynamique de festival dans les régions.

Vous signeriez pour une deuxième session ?
Qu’est-ce que vous referiez, qu’est-ce que vous changeriez ?

Je ne pense pas refaire une deuxième session, mais ça serait bien que mon équipe continue parce qu’ils ont fait un excellent travail. Tout en gardant la même ambition que cette année, je dirai qu’il faudra avoir moins de films, 300 c’est beaucoup, plus de projections par film et commencer l’organisation plus tôt, pour pouvoir avoir les bonnes personnes et inviter les gens à temps : les invités, les jurys, etc…


Le prix du public, cette année le public a voté pour les films du Fespaco (Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou) or je sais que le public était frustré car il voulait voter pour les films en compétition officielle, donc il faut reprendre cette tradition. Les JCC en région doivent continuer, mais avec une nouvelle équipe, il faut donner plus d’importance à cette section et y faire une meilleure programmation.


Il faut, je crois continuer à avoir de nouvelles idées et à prendre des initiatives, surtout en partenariat avec la société civile, et avec les sponsors, et puis je vous donne un scoop, je crois que les JCC dans les prisons vont continuer pendant toute l’année hors cadre du festival, Aly Mrabet (chargé des JCC dans les prisons) et les directeur des prisons sont très intéressés, il va voir la possibilité de continuer avec le soutien du ministère de la culture ou même avec la société civile.

 


Nour El Hayet Ben Abdallah 

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