"El Warcha" : Design Participatif avec les enfants des quartiers de la Médina

Un vacarme juvénile assourdissant a retenti aux quatre coins de la place de la Hafsia. Des enfants ont exprimé un engouement débordant pour « El Warcha », dans l’après midi du 10 décembre.

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[dropcap]L[/dropcap]’exposition de design participatif dirigée par Benjamin Perrot et l’association l’Art Rue n’est pas passée inaperçue. Ensemble, ils ont initié les chérubins des quartiers avoisinants de la médina à la création et sont parvenus à stimuler leur fibre artistique.

À l’issue de sa résidence artistique, l’artiste nous explique la genèse d’un projet unique en son genre en Tunisie… 

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« El warcha » a monopolisé tout un espace public, ce qui est une première … Comment cette initiative a vu le jour ?

J’ai fait des études d’architecture à la base. Juste après, j’ai commencé à travailler sur des projets liés à « l’espace public », et je m’étais focalisé plus sur « la question citoyenne », au fur à mesure. En essayant de comprendre comment l’espace public peut être initialement propice à l’échange et aux rencontres, parce que d’un point de vue théorique, c’est un espace politique. Mais dans la réalité, souvent, c’est un espace de transition, de passage. Et c’est vrai, que l’appropriation du citoyen de cet espace n’est pas toujours évidente, que ça soit en Tunisie, en Europe ou même ailleurs. Ou alors, elle se fait pour des raisons commerciales ou autres…

Et en Tunisie, c’était aussi facile de s’approprier toute une place publique à des fins artistiques ?

C’est vrai que ça reste un phénomène nouveau ici. Mais comme je l’ai dit, même ailleurs, ce n’est pas aussi facile de monter tout un atelier de la sorte. L’espace public, avant la révolution, était quand même, un espace lié à l’autorité, à l’Etat,  et soumis à la répression.

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Actuellement, ça se passe comment ? Les autorités sont- elles devenues plus malléables ?  

Je pense que ça change et que c’est entrain de changer, oui. Il y’a moins de contrôle. Mais ce qui est sûr, c’est qu’après la révolution, les gens ont pris conscience qu’un espace public pouvait être investi autrement et avoir ainsi un sens différent. Je pense que ça peut enclencher de nouvelles dynamiques. Evidemment, sur le papier, on se dit « Ouaaiis, c’est génial ! » mais dans la réalité, il faut des actions. Il faut qu’il y’ est des idées qui émanent de ces gens là, rongés en même temps par des habitudes difficiles à chasser.

Et comment situer ou définir « El warcha » dans tout ça ?

« El warcha » justement, c’était un peu ça ! On ouvre les portes d’un atelier, on construit des choses, on sort les choses dans un espace public, on travaille quelque fois sur la place, on tisse des liens sur une échelle locale très petite finalement : la classe, le quartier, les voisins, les habitants, les enfants… et un espace qui était plutôt dominé par les anciens, ceux qui passent leur temps à flâner dans les cafés, les femmes qu’on ne voyait pas trop sur cet espace…. Mais, quand, il y’a toujours eu une mixité… Et y ajouter des objets, du mobilier, que les enfants ont crée pour investir l’espace. Tout ça, ne peut que  provoquer d’autres dynamiques. Une aubaine surtout pour ces enfants, qui n’avaient pas tellement d’activités. Là, ils ont un espace ou ils peuvent s’essayer à des actions de beaucoup plus intéressantes, enrichissantes.

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Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ? 

Moi, j’ai fait des études d’architecture. J’étais aux arts appliqués, d’abord à Paris. Puis en Angleterre, à St Martins à Londres. J’ai travaillé ensuite, pendant 4 ans, toujours à Londres, dans un cabinet d’architecture spécialisé sur les questions de « l’espace public ». J’ai travaillé avec des artistes, des architectes. J’ai fait beaucoup de projets assez expérimentaux. Avant de travailler au palais de Tokyo au musée de l’art contemporain, autour de la question de la pédagogie des ateliers, ou comment se déroulerait un atelier avec des enfants et des jeunes lié à l’art contemporain. Ma recherche était  centrée sur « le faire »,  le « faire-ensemble » et c’était surtout participatif.

Comment s’est déroulée spécifiquement ta collaboration avec l’Art Rue ?

Ça a commencé l’année dernière avec une première session ou j’ai travaillé avec les enfants de la médina. Je faisais des ateliers avec ces gamins à Dar Bach Hamba, le siège de l’association. Je travaillais en collaboration avec Sonia Kallel, une artiste tunisienne talentueuse. Et puis, pour l’Art Rue, en fait, c’est rare de trouver « une institution », qui a, à la fois, une vision artistique, liée à l’art contemporain et un engagement social à l’échelle locale. Ça, même, en Europe, c’est très rare… C’est-à-dire, que l’art contemporain, généralement, c’est un champ, qui est souvent coupé des réalités sociales, politiques, économiques etc.
Et une institution comme l’Art Rue, qui a vraiment cet axe là, fort … qui reconnaît le projet comme une œuvre d’art, mais également comme un engagement politique et citoyen, pour moi, c’était extraordinaire ! J’étais admiratif du travail de Salma et Sofien et de cette manière de porter leurs projets dans la médina. C’est une super chance d’avoir cela, en Tunisie !

 

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Propos recueillis
par Haithem Haouel

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