WOH! : Ismahane Lahmar revient sur sa démarche artistique

Woh!  est une comédie qui s’est donnée pour mission de dresser la caricature d’une certaine société tunisienne à travers le prisme de la cellule familiale. Né sous la demande de  Mohamed Ben Rhouma, directeur de Hit Production, dont l’urgent besoin de gaieté pour pallier à la morosité ambiante de la période transitionnelle, a fini par rencontrer une envie d’Ismahane Lahmar.

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[dropcap] E[/dropcap]galement produit par Icflix, Ulysson et le distributeur Lassaad Goubantini, WOH! est un premier long métrage en partie financé par ses spectateurs. Une méthode du cinéma indépendant jusqu’alors inédite en Tunisie.
Ismahane Lahmar avait déjà réalisé auparavant deux documentaires ( Mon 14 et Enti Essout ), ainsi que deux fictions format court ( N’importe quoi et Rainbow ).

Sorti depuis le 21 Décembre dernier, Woh! divise les spectateurs entre ceux qui sont bien contents d’apprécier une franche comédie populaire qui change des films d’auteur un brin nombriliste, et ceux qui reprochent au film d’en faire trop jusqu’à parfois frôler la nausée, ou pas assez avec ses non-dits.
L’occasion pour nous d’essayer de mieux comprendre les intentions de la réalisatrice…

Le film traite d’une manière caricaturale la société tunisienne et plus particulièrement les familles tunisiennes. Est-ce pour vous une manière de vous révolter contre les traditions ?

 Je ne me révolte contre rien. Ma volonté à travers mon travail est toujours de questionner la société sur ses acquis.

On remarque que la mère est le chef de famille et le père a tendance à se dissiper face à sa présence, cela nous permet-il de dire qu’aujourd’hui les figures masculines fuient face à toute responsabilité ?

Dans le cas du film, Hmed le père joue par Hichem Rostom ne fuit pas ses responsabilités mais fuit la zizanie qui règne chez lui, provoquée par sa femme.  Mon film n’a pas la prétention de décrire la société dans son ensemble. Je pars d’une vision qui est la mienne et je la pousse dans ses retranchements.

Le film a été réalisé en 3 semaines, comment avez-vous géré le stress du tournage et ses imprévus, surtout que c’est votre premier long-métrage ?

En ce temps record, je me suis retrouvée dans la faisabilité du projet non dans son intellectualisation ou réflexion. Je n’ai pas eu de temps pour le stress, d’ailleurs il n y avait de temps pour rien d’autre. Les imprévus on les prend a bras le corps, on les intègre dans la logique du tournage et on continue, pas le choix, pas le temps de se plaindre.

Vous avez fait un casting 4 étoiles : Les comédiens sont des chouchous de la société tunisienne, est-ce que ça a été facile de les convaincre de participer à votre projet ?

Les comédiens et en particulier mes comédiens dans le film sont des gens généreux et ouverts à toute expérience nouvelle qui donnerait la chance a un nouveau cinéma tunisien d’exister. Le premier contact avec certaines facilités par Hichem Rostom qui m’a aide au casting, a été décisif. On s’est très vite bien entendu et aimés. Ils ont cru en moi, au projet et à tout son sens et ce qu’il pouvait avoir en terme d’impact.

Le concept de faire participer les spectateurs au financement du film est totalement inédit, comment vous est venue cette idée ?

L’idée de faire participer les spectateurs à la production du film vient de Hit Productions et plus précisément de Mohamed Ben Rhouma et Anne Miller. Le concept existe déjà ailleurs c’est le crowdfounding ce qui est inédit c’est de le faire à travers la téléphonie et Mr Ben Rhouma est du domaine, C’est le PDG d’Evertek.

Le scénario parle de plusieurs failles de la société. On considère qu’on est ouvert, mais dès que nous sommes face à une dissemblance, nous la refusons, comme c’était le cas de l’homosexualité avec la mère et le fils dans votre film… On a un peu l’impression que vous n’avez pas approfondi l’impact qu’a eu cette révélation sur la relation mère-fils. Est-ce par prudence envers les réactions du public tunisien ?

Je ne m’encombre d’aucune prudence, notre parti pris des le départ était de faire un film léger sans conséquences. Le public n’y est pas habitué mais le recherche dans son fort intérieur. Aujourd’hui le cinéma tunisien est essentiellement envahi par le genre films d’auteur. Je pense qu’il doit y avoir aussi un espace pour les films de divertissement desquels on sort de la salle le cœur léger sans avoir à réfléchir des heures durant à une pseudo morale. Il faut donner la chance à un cinéma de comédie, de légèreté d’exister et à bien d’autres genres aussi.

Vous avez été sélectionnée à la dernière session de Sud écriture avec un autre scénario ? Où en êtes vous concernant ce projet ?

 J’ai beaucoup de scénarios écrits, abandonnés dans mon tiroir, alors je m’en vais vite les récupérer et les reprendre. ça peut bien être leur tour maintenant…

 

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