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METTANI : Le fondateur d’Arabstazy dévoile un premier clip lugubre et survolté !

Amine Metani est l’un des audacieux gaillards qui se cache derrière le rutilant succès de Ghoula. Fondateur du malicieux label Shouka ironiquement baptisé « Musiques du Tiers-Monde », ce franco-tunisien qui enchaîne les collaborations fructueuses depuis un certain temps s’est engagé pleinement, depuis peu, sur son propre projet solo.

Séance de spiritisme et danse funèbre

C‘est avec un premier clip révélant un univers atypiquement occulte et empreint de références que Mettani donne le ton de son prochain EP « Divine ».
Fruit d’une collaboration avec l’artiste vidéo Houssem Guebsi, qui avait déjà été aux manettes des clips de Ghoula (Ba77it et Antali), officié en tant qu’étalonneur sur celui de Sa3diya, ainsi que réalisé deux clips pour Denya Okhra, l’oeuvre recèle de clins d’oeil et de significations sous-jacentes.
Sous son aspect horrifique et impétueux, se cache en vérité une réflexion profonde sur l’humanité et un intérêt particulier pour les syncrétismes nord-africains et leurs résonances avec les spiritualités animistes extrême orientales.

Avec sa photographie morbide, ses effets Rorschach et sa lueur crépusculaire, Animislam revendique sa considération pour la dimension universelle de ces traditions ancestrales et interroge la relation de l’humain au sacré et à la mort.
On découvre au départ un corps inerte, au cours de ce qui semble être un rituel s’ouvrant sur un Haiku éloquent, une forme de poésie japonaise : « Si je ne savais que je suis déjà mort, je pleurerais la perte de ma vie ».
Un cadavre qui se met curieusement à se démener sous l’influence de silhouettes spectrales féminines. Affecté par des contractions spasmodiques, son corps devient alors passerelle le temps d’une cérémonie entre deux mondes : Celui du vivant et celui de l’inconnu.

Cette vision illustre en vérité la genèse d’un personnage s’étant échappé des ténèbres, l’inquiétant et étrange Mettani, sorte de croisement hybride entre Djinn et corpsepaint scandinave, venu pour casser les conventions et se jouer des codes musicaux.

En effet, le syncrétisme ne se cantonne pas qu’au religieux, il est également sonore puisqu’il brasse à la fois chants Stambeli et Amazighs, beats industriels et mélodies synthétiques.
D’ailleurs, la dimension ésotérique véhiculée par la musique est appuyée par une œillade à un documentaire de 1999 de Nawfel Saheb-Ettaba sur le Stambeli. Un extrait qu’on peut entendre en plein milieu du titre reprenant les paroles d’une Arifa (devineresse), qui raconte que parfois, la nuit, lors du coucher, lui apparaît un grand serpent qui vient s’allonger à ses côtés.

Producteur multi-casquette

Habitué plutôt à occuper la place d’homme de l’ombre, l’artiste additionne à son nom une lettre pour former « Mettani », mot japonais qui fait référence à la rareté, caractère unique et précieux du lien que son personnage entretient avec une entité subconsciente dont les souvenirs de vies passées subsistent encore présentement.

Un concept qu’il a poussé jusqu’au bout en fondant le collectif Arabstazy, « concept d’Apostasie appliquée à l’identité Arabe » où des artistes du monde arabe sont encouragés à faire une utilisation originale de leur patrimoine culturel dans l’objectif d’en finir avec les représentations archétypales orientalistes habituelles.

Une initiative qui va lui permettre d’accompagner les figures de proue de la scène électronique underground arabe, et d’étreindre l’héritage ancestral pré-islamique collectif, en explorant notamment les croyances adorcistes et les rites de transes animistes, longtemps méconnues ou reléguées au second plan en raison de la chape de plomb des convenances morales ou dogmatiques. 

Son flair affûté de producteur et son ingéniosité de compositeur le conduisent à collaborer avec Ghoula, spécialement en tant que bassiste, ou encore en duo avec Deena Abdelwahed sur la scène du festival Éphémère à Hammamet en 2015et même récemment en contribuant à la renaissance d’Emel Mathlouthi par sa participation à la réalisation de la poésie sauvage de l’album « Ensen ».

L’Humain face à la Spiritualité 

Avec ce nouveau projet, Amine Metani explore des thématiques qui lui sont chères :  La pensée et la mystique musulmane, l’obsolescence des dogmes et l’obscurantisme politico-religieux contemporain.

« Je n’interroge pas vraiment la possibilité d’une réalité post-mortem ou de l’existence d’une entité divine, mais plutôt la relation que nous avons au sacré, et ce que cette relation nous apprend sur notre lien à la mort. D’après moi la conscience de la finitude de notre existence, et donc de la vanité de nos actes, conditionne la plupart de nos comportements, qu’on peut interpréter caricaturalement comme une aspiration à l’éternité – ce qui en soit est un paradoxe. »
Ce désir perpétuel d’immortalité, l’artiste le constate également avec la survivance des superstitions qu’il qualifie d’animisme qui ne dit pas son nom, à un siècle où les progrès scientifiques semblent s’accélérer conjointement avec l’ignorance et l’obscurantisme. Cet archaïsme est révélateur pour lui d’angoisses inconscientes collectives qui n’arrivent pas à trouver leurs résolutions ni par le divin, ni même pas la science.

Pour lui, les différences entre les spiritualités ne sont que dans la forme. Il s’explique. « Les similitudes entre soufisme, hindouisme et bouddhisme sont frappantes, que ce soit par exemple la disparition de l’individualité (fanâ et nirvâna) – qui comptera parmi les thèmes de mon prochain clip – ou encore l’influence des pratiques ascétiques des yogi sur les soufis. Mon grand-père citait régulièrement ce hadith apocryphe, « Cherchez le savoir, même jusqu’en Chine » (اطلبوا العلم ولو في الصين), et visiblement ça m’a marqué. »
Au final, ce qui accapare véritablement son intérêt c’est surtout l’aspect humain et universel qui en découle,  par le biais du rapport qu’entretiennent les individus au paranormal, qui devient une lucarne vers son subconscient.

Mettani prépare actuellement son prochain clip, qui sera disponible pour cette saison estivale. Il participera également en Septembre au festival féministe Chouftouhonna à Tunis.
Quant à son EP « Divine » il sortira à l’automne prochain et sera composé de 3 titres en face A, et 4 remixes en face B, par Roscius, Nazal, Omar Aloulou et Tropikal Camel.

A propos de Maurad Lasram

Le Falco peregrinus en chef de Zoopolis. Sa tâche est de veiller à ce que ses falconidés rédacteurs partent à la chasse de l'information. Ce rapace robuste, de taille moyenne, réputé pour être l’oiseau le plus rapide du monde en piqué, est surtout cinéphile et cinéaste en herbe. Il a déjà réalisé deux courts-métrages et participé à plusieurs tournages.

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