# interview

NIVINE HASSAN : Pionnière de l’art du Maquillage FX en Tunisie
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Nivine exerce un métier pour le moins insolite. À 32 ans, elle est professionnelle en maquillage effets spéciaux pour le cinéma. Prothèses, moulages corporels, peintures sur corps font partie de son quotidien. Égyptienne par son père, et franco-tunisienne par sa mère, Nivine Hassan cultive une curiosité et une dextérité implacable. Après une gratifiante expérience à l’étranger, elle décide de revenir en Tunisie pour faire profiter le paysage audiovisuel local de ses aptitudes et de son ingéniosité. Nous sommes allés à sa rencontre pour en savoir plus... 1 - Pourrais-tu nous parler de la manière avec laquelle tu as découvert cette passion pour l’art du maquillage FX ?  J’étais passionnée depuis toute petite par les films d’horreurs et les créatures que l’on voyait dedans, mais le monde du cinéma me paraissait totalement inaccessible, ça restait un fantasme pour moi. Un soir j’étais avec mes amis à parler de ça, et là mon ami Amine Chiboub qui aujourd’hui est réalisateur m’a dit : « Pourquoi tu ne serais pas maquilleuse cinéma ? ». Cette phrase a percuté dans ma tête, et du coup j’ai commencé à rechercher les formations sur Paris et je suis tombée sur ITM (Institut des Techniques du Maquillage). 2 - Justement peux-tu nous en dire plus à propos de la formation que tu as suivie ? C’est une formation complète sur le maquillage que ce soit sur la mode, la télévision, le théâtre, le cinéma… J’ai suivi ce cursus mais j’ai vite compris que la mode et le maquillage beauté n’étaient pas pour moi. Je me suis donc concentrée sur le cinéma et j’ai décidé de me spécialiser dans les effets spéciaux. Le rêve commençait à prendre forme dans la réalité... Dans cette spécialité, le challenge étant plus fort que la réalité car les formations et le matériel coûtent extrêmement cher, j’ai dû faire plein de petits boulots à côté pour pouvoir continuer. Dans ce genre de formation, nous apprenons les ABC des effets spéciaux. J’ai donc continué à me former en faisant des recherches de mon côté, à regarder des tutos pour me perfectionner de plus en plus. Ma soif d’apprendre étant sans fin et voulant intégrer un atelier d’effets spéciaux, j’ai décidé de contacter un des plus grands maquilleurs FX en France, Jeremy Burette Caravitta qui a travaillé sur de gros projets Hollywoodiens (X-Men, The Revenant, Warcraft, Hansel & Gretel…) pour lui dire que j’avais absolument envie d’intégrer son atelier. Deux jours après il me répond en me disant que j’étais la bienvenue. J’ai passé plusieurs mois à apprendre à ses côtés les techniques des gros effets spéciaux, la sculpture, les produits chimiques utilisés, etc. C’est à partir de là que mon aventure dans ce monde a commencé. Et j’ai décidé de venir en Tunisie pour faire connaitre ce domaine qui de mon point de vue était assez négligé des productions. 3 - Pourrais-tu expliquer brièvement ton métier pour les profanes, notamment les techniques employées pour donner vie à une transformation réussie ? Les effets spéciaux se divisent en trois parties : Celle que j’appelle les petits effets spéciaux, c’est-à-dire les cicatrices, les plaies, les hématomes, les brûlures : ici c’est un travail d’observation. Comment faire en sorte de reproduire une blessure pour que celle-ci paraisse réelle. Pour cela je fais mes recherches sur la blessure demandée, je la regarde sous tous les angles, et je la reproduis sur le corps ou le visage du comédien en essayant de respecter au maximum les proportions du visage ou du corps. Il faut que la blessure soit cohérente et hyper réaliste. Celle que j’appelle les gros effets spéciaux, c’est-à-dire la création de prothèses, la création de personnage, de la sculpture au tirage final. Ici c’est un travail d’imagination et de création. Il faut connaitre l’anatomie parfaitement pour que la sculpture soit parfaite. Il faut aussi avoir des notions de sculpture, connaitre les produits à utiliser, les bons mélanges, tout ça c’est du travail. Il faut en rater plusieurs pour apprendre et en réussir une. Il faut aussi être très prudent parce que nous travaillons avec des produits chimiques, tout ça ne s’improvise pas, il faut assurer sa propre sécurité et celle du comédien. Et la création et la reproduction d’objets, tout ce qui peut servir comme accessoires de cinéma. Dans ce cas je procède au moulage ou à la sculpture  de l’objet demandé, et je le reproduis afin qu’il soit conforme à l’original avec des matériaux plus sécurisants, par exemple pour la reproduction d’armes blanches comme des épées qui ne tranchent pas, etc. 4 - Tes premières expériences et à quel âge ?   Mes premières expériences je les ai faite au sein de ma formation, je devais avoir 21 ans, dans des films d’école, où j’étais encore en phase d’expérimentation de ce que je venais d’apprendre. Ensuite je me suis inscrite dans une formation du jeu d’acteur (Acting International) où je m’occupais aussi de tous les effets spéciaux dans nos tournages et représentations théâtrales. 5- Les projets les plus importants sur lesquels tu as travaillé ? Combien de temps as-tu mis pour la transformation ? Un des projets les plus importants sur lequel je me suis éclatée c’était la reproduction d’un faux corps pour le Palma Show (parodie de la série True Detective), qui devait être une fidèle représentation du corps de la victime dans la série. Ce travail demandait le moulage complet d’un corps en silicone, le tirage et la peinture. Tout ça à pris environs 6 jours. Un autre projet tout aussi important en terme de responsabilité et de complexité technique était la création de faux bouchons de champagne pour une campagne de pub pour le champagne Mumm pour le PSG. J’étais chargée de créer de faux bouchons avec lesquels les joueurs pouvaient jongler. Je devais trouver la bonne texture et le bon matériel pour que les bouchons rebondissent bien et soient assez légers pour éviter aux joueurs de se blesser. Ce travail m’a pris une semaine. Un autre projet qui était assez dur émotionnellement était une émission sur la reconstitution de scènes de crime. J’étais tiraillée entre la douleur que je ressentais quand ils me présentaient les photos des victimes et le fait de devoir faire mon travail et reproduire les blessures, sachant que les victimes étaient présentes sur le plateau. J’avais la responsabilité de reproduire ces blessures exactement fidèles aux vraies pour ne fausser en aucun cas ce que les victimes ont subi. C’était assez éprouvant.   6 - Quelques anecdotes croustillantes de tournage/shooting s à nous raconter ? Ce qui m’a surpris en venant en Tunisie, c’est de voir à quel point ce métier était mal connu. J’ai eu plusieurs fois affaire à des acteurs qui avaient très peur de garder des séquelles des produits que j’ai utilisé sur le visage. Il me fallait à chaque fois expliquer que les produits utilisés sont étudiés spécialement pour ça et qu’ils ne risquaient absolument rien. Ce qui me fait toujours rire aussi c’est de voir la réaction des gens quand ils voient le maquillage terminé. Entre le dégoût et la fascination. Un jour, étant en tournage à l’extérieur, je devais transférer le comédien de la loge au plateau, une passante s’est arrêtée pour nous proposer d’emmener le comédien à l’hôpital, et une autre nous a proposé de la pommade cicatrisante car son mari avait fait la guerre d’Algérie et que cette pommade était très efficace. 7 - Quelles sont pour toi les références au cinéma en matière de maquillage ? Beaucoup de films sont des références au cinéma en maquillage FX. Que ce soit en terme de ghore ou de maquillage beaucoup plus raffiné les références sont nombreuses. Moi le film sur lequel j’ai ouvert les yeux et avec lequel j’ai découvert les effets spéciaux c’est l’Exorciste, de William Friedkin. Même s’il n’a pas très bien vieilli c’est ce film qui m’a ouvert la voie. Sinon d’autres films sont très impactant en terme de maquillage FX comme Hannibal de Ridley Scott, Edward aux mains d’Argent de Tim Burton, The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher… il y en a plein. 8 - Existe t-il une formation en Tunisie pour cette spécialité ? Y’a t-il d’autres personnes qui maîtrisent ce métier ? A ma connaissance il n’existe aucune formation qui propose de se spécialiser dans les effets spéciaux en Tunisie. J’ai remarqué depuis un an que je suis en Tunisie, que ce métier commence à intéresser de plus en plus de personnes. Je connais quelques maquilleuses qui ont des notions d’effets spéciaux et qui cherchent à se perfectionner de plus en plus. 9 - Quel est ton dernier projet en date ? Sur quoi bosses-tu maintenant ? Allons-nous voir ton travail sur nos écrans prochainement ? Je viens de finir le tournage d’une série Ramadanesque Lybienne "Rubik" sur laquelle je  me suis éclatée pas mal car il y a beaucoup d’effets spéciaux. J’ai travaillé l’année dernière sur le film De la Guerre de Fadhel Jaziri qui devrait sortir prochainement. Et dernièrement je suis allée à l’avant première du film Black Mamba, d'Amel Guellaty, qui devrait tourner dans les festivals avant d’être projeté officiellement en Tunisie. 10 - Quel plaisir ça te procure de créer ces textures et de transformer les gens ? A quels types de problèmes peux-tu faire face lors de ton travail ?  Lorsque je lis un scénario et que je prends connaissance de l’évolution dramaturgique des événements et du personnage, mon but est de faire en sorte que ce qu’a imaginé le réalisateur concorde avec ma création. Et le plaisir ultime c’est quand ma création dépasse les attentes du réalisateur. En quelque sorte je donne vie à une image qui était fantasmée par le réalisateur. Et quel bonheur de voir que la transformation aide le comédien à prendre totalement possession de son personnage. Pour ce qui est des problèmes, j’en reviens au fait que cette spécialité est mal connue en Tunisie. Le matériel nécessaire n’est pas disponible sur le marché Tunisien. Je dois constamment faire des allers retours en France pour m’approvisionner. Lorsque je négocie mes contrats avec les producteurs je me retrouve souvent confrontée aux problèmes de budget. Car en général ils ne se rendent pas compte à quel point ce matériel à un coût. Qui dit transformation et texture dit matière. Et cette matière varie tellement par rapport aux effets souhaités. J’utilise des produits certes chimiques mais qui sont spécialement étudiés pour être appliqués sur la peau, dans les yeux, dans la bouche des comédiens en totale sécurité. Ce qui justifie le coût élevé des matériaux. En ajoutant à ça le savoir-faire, le budget gonfle rapidement. Mais au final, lorsque les producteurs et les réalisateurs voient le procédé de travail et  le résultat, ils comprennent mieux et finalement se rendent à l’évidence. Mais c’est toujours un peu difficile au début de leur faire comprendre tout ça. 11 - D’où te vient ton inspiration lorsque tu dois entièrement créer un personnage ? Je commence d’abord par créer une mise en situation sur un thème qui me tient a cœur. Ensuite j’entame la phase de sculpture et je laisse mes mains faire le reste. C’est plus une sensation qu’une démarche à suivre. 12- Pour, “It’s not coming soon”. Est-ce vraiment le premier court métrage de genre horreur tunisien ? Combien de temps a-t-il fallu pour peaufiner le personnage principal de la confection aux retouches ? « It’s not coming but soon » est une idée imaginée par le jeune réalisateur Bilel Slim, qui m’a sollicité pour ce travail de mise en situation dans lequel je présente mon savoir-faire. Je ne connais pas de films d’horreur tunisien qui a demandé la création complète d’un personnage, chose que j’ai faite dans ce court métrage. Je n’ai pas la prétention de dire que c’est LE premier court métrage de genre horreur en Tunisie, mais c’est MON premier projet de genre horreur en Tunisie. Et j’ai bien l’intention d’en faire d’autres. Il m’a fallu 4 jours pour créer ce personnage et entamer le tournage. La pose des prothèses étant un peu plus complexe car c’était de l’auto-maquillage, c’est-à-dire que j’ai posé les prothèses sur moi-même, ce qui est un peu plus compliqué et prend un peu plus de temps.

WOH! : Ismahane Lahmar revient sur sa démarche artistique

Woh!  est une comédie qui s'est donnée pour mission de dresser la caricature d'une certaine société tunisienne à travers le prisme de la cellule familiale. Né sous la demande de  Mohamed Ben Rhouma, directeur de Hit Production, dont l'urgent besoin de gaieté pour pallier à la morosité ambiante de la période transitionnelle, a fini par rencontrer une envie d'Ismahane Lahmar.   [dropcap] E[/dropcap]galement produit par Icflix, Ulysson et le distributeur Lassaad Goubantini, WOH! est un premier long métrage en partie financé par ses spectateurs. Une méthode du cinéma indépendant jusqu'alors inédite en Tunisie. Ismahane Lahmar avait déjà réalisé auparavant deux documentaires ( Mon 14 et Enti Essout ), ainsi que deux fictions format court ( N’importe quoi et Rainbow ). Sorti depuis le 21 Décembre dernier, Woh! divise les spectateurs entre ceux qui sont bien contents d'apprécier une franche comédie populaire qui change des films d'auteur un brin nombriliste, et ceux qui reprochent au film d'en faire trop jusqu'à parfois frôler la nausée, ou pas assez avec ses non-dits. L'occasion pour nous d'essayer de mieux comprendre les intentions de la réalisatrice... Le film traite d’une manière caricaturale la société tunisienne et plus particulièrement les familles tunisiennes. Est-ce pour vous une manière de vous révolter contre les traditions ?  Je ne me révolte contre rien. Ma volonté à travers mon travail est toujours de questionner la société sur ses acquis. On remarque que la mère est le chef de famille et le père a tendance à se dissiper face à sa présence, cela nous permet-il de dire qu’aujourd’hui les figures masculines fuient face à toute responsabilité ? Dans le cas du film, Hmed le père joue par Hichem Rostom ne fuit pas ses responsabilités mais fuit la zizanie qui règne chez lui, provoquée par sa femme.  Mon film n’a pas la prétention de décrire la société dans son ensemble. Je pars d’une vision qui est la mienne et je la pousse dans ses retranchements. Le film a été réalisé en 3 semaines, comment avez-vous géré le stress du tournage et ses imprévus, surtout que c’est votre premier long-métrage ? En ce temps record, je me suis retrouvée dans la faisabilité du projet non dans son intellectualisation ou réflexion. Je n’ai pas eu de temps pour le stress, d’ailleurs il n y avait de temps pour rien d’autre. Les imprévus on les prend a bras le corps, on les intègre dans la logique du tournage et on continue, pas le choix, pas le temps de se plaindre. Vous avez fait un casting 4 étoiles : Les comédiens sont des chouchous de la société tunisienne, est-ce que ça a été facile de les convaincre de participer à votre projet ? Les comédiens et en particulier mes comédiens dans le film sont des gens généreux et ouverts à toute expérience nouvelle qui donnerait la chance a un nouveau cinéma tunisien d’exister. Le premier contact avec certaines facilités par Hichem Rostom qui m’a aide au casting, a été décisif. On s’est très vite bien entendu et aimés. Ils ont cru en moi, au projet et à tout son sens et ce qu’il pouvait avoir en terme d'impact. Le concept de faire participer les spectateurs au financement du film est totalement inédit, comment vous est venue cette idée ? L’idée de faire participer les spectateurs à la production du film vient de Hit Productions et plus précisément de Mohamed Ben Rhouma et Anne Miller. Le concept existe déjà ailleurs c'est le crowdfounding ce qui est inédit c'est de le faire à travers la téléphonie et Mr Ben Rhouma est du domaine, C’est le PDG d’Evertek. Le scénario parle de plusieurs failles de la société. On considère qu’on est ouvert, mais dès que nous sommes face à une dissemblance, nous la refusons, comme c’était le cas de l’homosexualité avec la mère et le fils dans votre film… On a un peu l’impression que vous n’avez pas approfondi l’impact qu’a eu cette révélation sur la relation mère-fils. Est-ce par prudence envers les réactions du public tunisien ? Je ne m’encombre d’aucune prudence, notre parti pris des le départ était de faire un film léger sans conséquences. Le public n'y est pas habitué mais le recherche dans son fort intérieur. Aujourd’hui le cinéma tunisien est essentiellement envahi par le genre films d’auteur. Je pense qu’il doit y avoir aussi un espace pour les films de divertissement desquels on sort de la salle le cœur léger sans avoir à réfléchir des heures durant à une pseudo morale. Il faut donner la chance à un cinéma de comédie, de légèreté d'exister et à bien d’autres genres aussi. Vous avez été sélectionnée à la dernière session de Sud écriture avec un autre scénario ? Où en êtes vous concernant ce projet ?  J’ai beaucoup de scénarios écrits, abandonnés dans mon tiroir, alors je m’en vais vite les récupérer et les reprendre. ça peut bien être leur tour maintenant...  

Kaouther Ben Henia se confie sur son « Zaineb n’aime pas la neige », Tanit d'Or 2016

Après le succès triomphal en festivals de son "Challat de Tunis", distribué dans plus de 15 pays, Kaouther Ben Henia  fait encore une fois fureur avec « Zaineb n’aime pas la neige », qui vient de rafler le prestigieux Tanit d’or aux JCC 2016, ainsi que le prix du meilleur documentaire à la 38ème édition du Festival International du Cinéma Méditerranéen de Montpellier. [dropcap]F[/dropcap]ruit de 6 ans de patience et de labeur, le documentaire touche au coeur et à l'universel en montrant la vie et le temps qui passe avec grâce et simplicité. En attendant la sortie en salle à la fin du mois le 21 Décembre prochain, on vous propose de revenir sur cette saisissante chronique familiale avec sa réalisatrice. Un entretien où Kaouther Ben Henia revient sur la genèse du projet, le processus d'élaboration, son rapport avec la famille de Zainab et la poésie envoûtante de cet âge fascinant de l'enfance. [divider] Qu’est-ce qui vous a touchée chez Zaineb pour que vous fassiez d’elle le socle de ce documentaire ? Dans son livre « Le héros aux mille et un visages » Joseph Cambell décortique le schéma archétypal du « périple» de l’héros dans les mythes qui existent depuis la nuit des temps et constate que celui-ci répond presque toujours à un même cheminement : Il commence par un « appel à l’aventure » (doublé souvent d’un « refus de cet appel ») poussant l’héros à partir loin sur un chemin embuché d’épreuves où il sera aidé par « un guide ». De cette épreuve il sortira grandi et complètement transformé.  Je pense qu’en m’intéressant à Zaineb j’ai eu instinctivement le sentiment de part ce qu’elle traverse qu’il s’agit d’une petite héroïne des temps moderne. Son « appel à l’aventure » est ce changement radical dans sa vie qu’elle refuse et qui la fait partir au Canada. Elle vit « l’épreuve » de l’exil mais Wijdene est là comme « guide » pour l’aider sur ce chemin et au final comme tout héros mythique ces épreuves la transforment radicalement. Il se trouve que mon héroïne traverse ce périple à un âge très intéressant : la préadolescence. Un âge où on subit des changements physiques et psychologiques. Zaineb est également quelqu’un de très photogénique avec une très forte personnalité et surtout extrêmement touchante. Il y avait là tous les éléments pour en faire le personnage principal de ce film.  À quel moment avez-vous eu le déclic en vous disant  “Je vais suivre cette famille et lui consacrer 6 ans de mon existence” ? J’ai toujours été fascinée par les sagas familiales, l’épreuve du temps, les grands changements et tout cela nécessite de la patience. C’était en regardant les premières images tournées que je me suis dit ce tournage je vais le mener sur le long terme.  Jusqu’à quel point on peut pénétrer dans l’intimité d’une famille, y a t-il parfois des limites à ne pas franchir par pudeur ? Quand on tourne un documentaire sur l’intime, les questions d’ordre éthique se posent tout de suite. Qu’est-ce que j’ai le droit de filmer, comment je dois filmer, quelles sont les lignes à ne pas franchir, comment ne pas tomber dans le voyeurisme, bref j’étais tout le temps sur le fil du rasoir. Comme j’avais conscience de tous ces éléments, il était nécessaire pour moi de montrer le film une fois terminé à mes personnages, d’avoir leur retour car au final il s’agit de leur vécu. Je pense également que le choix d’adopter le point de vue des enfants m’a beaucoup aidé pour être dans la poésie et l’émerveillement propre à cet âge.  Ce film est-ce un peu une manière pour vous de revivre votre enfance à travers le regard de cette fille ? Où se situe la part de Zainab en vous ? Oui effectivement, ce qui est extraordinaire avec le cinéma c’est qu’à chaque film j’arrive à ouvrir une parenthèse de vécu qui me permet moi en premier lieu, ensuite les spectateurs de revivre la vie des autres. Le personnage de Zaineb m’a transporté dans l’univers de l’enfance, de la préadolescence et enfin l’adolescence. C’est un âge fascinant. On se construit une identité, on s’initie à la vie, on grandit et on change. On est tous passé par là et on sait ce que cela veut dire. C’est pourquoi Zaineb m’a parlé et je pense qu’elle est capable de parler à tout le monde. Difficile de ne pas penser à Boyhood, de Richard Linklater qui se proposait de suivre l’évolution d’une famille sur une période de 12 ans. Est-ce un compliment si on vous dit que “Zainab n’aime pas la neige” est en quelque sorte son pendant féminin et tunisien en documentaire ? Oui j’aime beaucoup ce film et je le trouve brillant. C’est un vrai compliment de comparer mon film à ce chef-d’œuvre ! Concrètement c’était difficile de pouvoir vous consacrer à ce documentaire tout en ayant d’autres projets en parallèle ? Il faut juste s’organiser pour tout faire, mais en général monter des projets de films est un long processus souvent avec beaucoup de temps mort où on attend des financements où on a besoin de prendre du recul… Le fait d’avoir plusieurs projets sur le feu permet de bien exploiter ce temps mort. Quand un projet est en stand-by j’en déclenche un autre. Ce va et vient m’aide à laisser mûrir les projets et les nourrit les uns par rapport aux autres. Parfois un film peut enfanter un autre. Par exemple le tournage de « Zaineb n’aime pas la neige » m’a aidé pour écrire mon court métrage « Peau de colle » dont l’histoire est inspiré de cet univers de l’enfance. Pouvez-vous nous parler un peu de votre prochain film de fiction ? Sera t-il une pure reconstitution de l’Affaire Meriam, la jeune fille violée par les policiers ou en sera t-il librement inspiré ? Non le film n’est pas une reconstitution de l’affaire. J’ai pris beaucoup de liberté par rapport au fait divers. Il s’agit d’un film composé de 9 plans séquences qui retracent cette nuit où Meriam a décidé de porter plainte. Avez-vous vu d’autres films aux JCC ? Si, oui quel est le film qui vous a le plus marquée ? Je n’ai pas pu tout voir à cause de l’extraordinaire affluence du public, il était souvent impossible de trouver des places mais parmi le peu de films que j’ai vu j’ai beaucoup aimé « Demain dès l’aube » de Lotfi Achour, un film avec une belle intrigue et un regard juste sur les lendemains de la révolution tunisienne. J’ai aussi été transporté par le très poétique et quasi-transcendant film de Ala Eddine Slim « The Last Of Us ». Vous venez de recevoir le prix du meilleur documentaire au Cinemed où le nouveau cinéma tunisien vient d’être célébré. Qu’est ce qui a changé selon vous aujourd’hui pour que nos films soient plus reconnus ? Il existe un vrai intérêt international autour des films tunisiens et ceci grâce à un nouveau souffle apporté par des réalisateurs très prometteurs. C’est une bonne nouvelle mais le chemin reste très long. Il faut produire plus de films et donner plus de place au développement et à l’écriture pour arriver à s’inscrire dans une cinématographie plus riche, plus créatif et plus distinguée.     

FACE AU PROFIL : "Majdi Smiri"
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Le réalisateur et producteur Majdi Smiri face à ZooPolis.tv : Son meilleur film, ses influences, son parcours, sa série Bolice...   Ps : Big up à toute l'équipe de ZooPolis, surtout à Achraf Hentati pour son masque handmade et Bedis Hafiane pour le générique qu'on a oublié de notifier en fin de vidéo

INTERVIEW WACHEM : Ouverture de la Mecque du tatouage en Tunisie !

Ouvert récemment par Fawez Zahmoul, tatoueur professionnel reconnu dans le milieu et président du syndicat national des tatoueurs tunisiens, Wachem est le tout premier vrai salon de tatouage en Tunisie.  ZoopolisTV est parti à la rencontre de ce personnage atypique aux aiguilles magiques !       Comment t’es venue ta passion pour le tatouage ?   Par hasard ! Je suis parti étudier au Maroc en tant d'ingénieur du son. J’ai cherché des petits boulots pour occuper mes après-midi qui étaient vides. J’en ai trouvé un dans un salon de tatouage. Au fur et à mesure je me suis lancé... Après cinq ans de travail là-bas, je me suis mis à tatouer les clients.   C’est uniquement de cette façon que tu as appris à tatouer ? Pas d’autres formations ?   Pas à ce moment là. Je suis rentré en Tunisie en 2006. Tout le monde me demandait ce que je faisais dans la vie et officiellement j’étais un ingénieur du son mais on m’appelait uniquement pour faire des tatouages. (Rires) À partir de 2010 j’ai choisi d'en faire une carrière professionnelle et je me suis dit que je devais faire plusieurs formations. J’ai donc fait des stages un peu partout dans le monde. J’ai envoyé mon CV dans tous les tattoo shop que je pouvais trouver. J’ai donc été en Asie, Europe et en Amérique.   Pourquoi tu as choisi d’ouvrir un salon de tatouage à Tunis ?   Bah il y en avait pas ! (Rires)   Le tatouage est aussi une coutume berbère qui était très présente à une certaine époque en Tunisie, pourquoi est-ce devenu aussi tabou ? C’est un avis qui diverge, tout le monde ne voit pas le tatouage comme quelque chose de « tabou ».  C’est un peu comme partout dans le monde.. Ils n’ont pas vécu l’époque de nos grands-parents. D’ailleurs tout ne se faisait pas de plein gré. Aujourd’hui il y a des vieilles femmes qui viennent me voir pour s’enlever les tatouages qu’elles ont sur leurs visages afin de pouvoir aller au Hajj.   As-tu déjà eu des apprentis tatoueurs qui sont venu effectuer un stage dans ton salon ?   Non, je suis encore en phase d'apprentissage. Je ne me considère pas apte à former des gens. Certes il y a plusieurs salons qui m’invitent mais il y a aussi d’autre grands salons dans lesquelles j’aimerais beaucoup effectué des stages. J’ai eu la chance d’effectuer un stage dans un grand salon nommé «temple tattoo» à Honk Kong. C’était de la folie !   Comment s’est déroulé le séjour des trois tatoueurs français ?   Très bien ! Je les ai invité à venir en Tunisie en leur expliquant que j’étais en train d’ouvrir mon salon, ce sont mes formateurs à la base. Ces temps-ci j’ai eu beaucoup de travail et ils m’ont été d’une grande aide.   Quel est l’intérêt d’avoir un syndicat des détatoueurs en Tunisie ?   Le syndicat c’est ce qui m’a facilité la tâche pour ouvrir mon salon. C’est une communauté qui te permet d’être plus crédible en tant que tatoueur aux yeux des autorités mais aussi de la population.   Est ce que la communauté de tatoueurs en Tunisie est importante ?   Du tout ! Le syndicat est présent depuis deux ans mais je suis le seul tatoueur. Il y a deux médecins, deux avocats et un juge. Tu n’es pas obligé d’être un tatoueur pour en faire parti, tu peux tout simplement croire à la cause et vouloir que ce soit homologué et hygiénique. Les tatoueurs en Tunisie ne sont pas réellement prêt, être un tatoueur reconnu signifie avoir le service d’hygiène derrière toi H24.   Quels sont les tatouages les plus communs que t’as eu à faire ?   Il y a de tout ! On remarque des vagues de mode, pendant une certaine période j’ai beaucoup tatoué des infinis par exemple.   Et le plus loufoque ?   Plein ! Un qui m’a vraiment marqué c’est un gars qui s’est tatoué une croix sur le front.   Le tatouage qu’on enlève le plus souvent ? C’est souvent des tatouages que l’on a regretté, pour lesquels les clients s’attendaient à beaucoup mieux et qui sont totalement ratés.       Crédit Photo : Issam Slimene

GAME OF TUNISIA : Explications du créateur du concept Zied Bargaoui

Réalisé avec GIMP et Blender, logiciels pour textures et 3D sur OS, ce générique revisité à la sauce tunisienne a fait forte impression la semaine dernière sur les réseaux sociaux. Tandis que la vidéo atteindra bientôt le pallier des 50 000 vues sur Youtube, c'est naturellement que ZoopolisTV a voulu en savoir plus sur ce jeune ingénieur en Sciences de l'Informatique de 26 ans.       [dropcap]Z[/dropcap]ied avait commencé à élaborer son petit projet secret depuis Août 2015. Parallèlement à son boulot, il avançait petit à petit sur la vidéo. Parfois, il lui arrivait même de rester des semaines sans y toucher en attendant que le goût et la motivation refassent leur apparition. Devenu pour lui un véritable hobbie, l’idée lui a été inspiré par un article paru sur Stepfeed, qui faisait un rapprochement entre les acteurs de la scène politique tunisienne et différents personnages de Game of Thrones (Jon Snow/Habib Essid, Lord Baelish/Mohsen Marzouk, White Walkers/Fajr Libya...). Il s'est donc dit "Pourquoi pas essayer carrément de resituer le générique dans un contexte purement tunisien ?" Ce qu'il admire dans la série, c'est surtout la machine de production et la diversité de ses décors qu'ils sont allés chercher aux quatre coins de la planète, puis évidemment le sens du détail et de la richesse visuelle de sa direction artistique inspirée des différentes cultures dont s'est imprégné George R. R. Martin pour donner vie à sa saga. Pour lui, on pourrait associer toute la classe politique au clan perfide et rusé des Lannister, et si jamais il fallait choisir nos Stark ce serait forcément la société civile sacrifiée sur l'autel de la cupidité.    

Interview avec les Organisateurs : Tout sur NABOO 2016 !

Après un fort succès l'année dernière, NABOO revient pour une seconde édition le 17 Mars prochain, pour trois jours au lieu de deux ! AKAL, c'est comme ça qu'elle se nomme... Signifiant terre en berbère, cette édition place le concept de la planète NABOO dans une toute autre perspective, pour atteindre une dimension plus communautaire, plus en phase avec la nature. Entretien avec les organisateurs.         D'abord où en êtes-vous au niveau de l'organisation ? Tout se passe comme prévu ? Quels sont les plus gros obstacles que vous rencontrez ? Bien sûr les choses ne se passent pas comme prévues, c'est la Tunisie !  On est en pleine préparation et organisation et on essaye de tout planifier pour que les festivaliers, les artistes, et les participants aient la meilleure expérience. Il n' y a eu que des obstacles, cependant, le plus dur a été de convaincre les artistes de venir dans ce climat (on a commencé le processus du booking juste après les évènements de Décembre). Logistiquement ça s'est avéré très compliqué d'arriver à ramener tout ce beau monde à Tozeur, c'était un vrai casse-tête surtout pour tous ceux qui venaient d'Europe. Heureusement, on a eu l'opportunité de travailler avec d'excellents DJs qui ont tellement adoré le concept du festival qu'ils ont écourté leurs vacances et ont bien voulu sacrifier quelques jours de leur calendrier, juste pour voyager. Avec toutes les activités programmées en plus de la musique, et la mise en place de l'option logement du camping, ça a été beaucoup de boulot au-delà de l'organisation musicale. Mais on ne se plaint pas. Tout est en train se mettre en place et on est très excité à l'idée de révéler le produit final.   Y'a eu pas mal de voix qui se sont élevées sur Facebook qui sont allées jusqu'à dénigrer le festival à cause d'absence de gros headliners. Est-ce une réponse à un changement de concept à votre avis, Naboo s'éloignant de l'esprit galactique et spatial de la première édition pour aller vers quelque chose de plus chaleureux, plus traditionnel, plus communautaire ? D'où vient cette volonté ? L'année dernière, NABOO était censé être un after des Dunes électroniques, donc la cible était différente. Je pense que les gens qui ont écrit ces commentaires sont surtout ceux de l'année dernière qui voulaient revivre la même expérience. Sauf que ça ne sera pas la même, on s'attendait à une certaine réaction virulente de la part de certaines personnes. Cette année, on a pris une autre direction et le line-up reflète de manière consciente nos choix. En regardant le climat actuel, on a voulu donner aux gens une expérience alternative. On leur propose une opportunité de fuir leur quotidien mouvementé, un repos dans un endroit sympa et pittoresque pour camper, retrouver leurs amis, écouter de la bonne musique, participer à divers ateliers. On a pas envie d'être prévisibles et c'est pour cette raison qu'on a invité nos artistes underground favoris. On est vraiment impatients de vous faire vivre cette expérience et on n'a aucune place pour la négativité. S'il vous plait, laissez là à la maison !   A t-on une programmation claire sur les activités en off, notamment les artistes conviés et les films sélectionnés ?   Oui, les activités se dérouleront le Vendredi et le Samedi (Le 18 et le 19) de 14h à 18h. Nous aurons avec nous Amira Chebli qui dirigera les séances de Yoga, y'aura du cinéma, des tournois de bubble foot, un atelier d'origami et un atelier de récupération, un souk avec des artisans sélectionnés par nos soins, pas mal d'offres gastronomiques (BBQ, Buffets, Snacks, etc) et bien sûr les bars. Pour les films, on a laissé Propaganda Production se charger de la sélection librement. Ils ont choisi des films vraiment spéciaux. Le premier jour, on projettera une collection de 6 courts-métrages intitulée “Ksayer wou ihayer”. Le second jour on verra une collection de vieux films tunisiens, la cerise sur le gâteau étant le premier court-métrage de Nejib Belkadhi. On est vraiment excités à l'idée de montrer les travaux de tunisiens très talentueux que nous respectons.     Marché des créateurs, cinéma sous les étoiles, workshops, séances de yoga, festivaliers responsables et conscients.... Vous ambitionnez de faire beaucoup de choses à la fois. Est-ce qu'on peut dire que Naboo est une sorte d'utopie ? Comme on l'a dit, on veut surtout former une communauté, on n'ambitionne pas de créer une quelconque utopie, nous voulons plutôt encourager les gens à être plus conscients d'eux-mêmes et de l'impact qu'ils peuvent avoir sur le monde qui les entoure. Nos activités ont été orchestrées dans le but de mettre la lumière sur différentes questions, en aidant notamment à soutenir les habitants de la région. Ça pourrait paraitre gros, que nous voudrions faire beaucoup de choses à la fois et qu'on a plusieurs fers au feu, mais toutes les activités se complètent les unes les autres.    Concernant le choix de films exclusivement tunisien pour la section Cinéma du festival, ça aurait été sympa de pouvoir aussi admirer quelques Star Wars en hommage à la véritable planète Naboo... On ne peut que projeter des courts-métrages, je suis pas pas sûr que quelqu'un puisse trouver la patience de s'asseoir pour suivre la saga Star Wars alors qu'il y'a tant d'autres activités qui se tiennent aux alentours. En plus, on préfère Belkadhi à Lucas.   Enfin, que pensez-vous de tous les événements hérités des dunes électroniques, en plus du votre, comme Sand Sounds ou encore Sounds of Sahara ? N y a t-il pas un risque d'en faire trop ? Absolument pas ! Sounds of Sahara et Sand Sounds sont des festivals qui ont leur propres identités. C'est sûr, qu'il y a de plus en plus de festivals qui naissent dans le sud et nous sommes heureux que de telles initiatives gagnent en popularité. On n'est pas inquiets à l'idée d'être assimilés à ces autres festivals, nous avons certainement su nous différencier.      

"Youth Decides" : L'Entrepreunariat social et culturel en Tunisie

Wala Kasmi s’est vue décernée récemment le prix de « l’Innovation sociale » par le président français François Hollande. Une récompense qui n’est pas passée inaperçue !     [dropcap]L[/dropcap]a jeune présidente de l’association Youth Decides a été récompensée par le programme « La France s’engage au sud » à travers la concrétisation du projet « We Code » pour l’inclusion économique de la jeunesse en Tunisie. Une formation pour personnes au chômage non initiées en informatique. Il s'agit de les introduire au Design graphique et au développement web répondant à un besoin précis. Parmi les projets qui sont nés grâce à cette initiative on compte «Chayaâni» un site de covoiturage, et le fameux «Souk El Facebook» qui à partir du célèbre groupe Facebook s’est transformé en un site web où l’on vend et l’on achète à peu près tout ce qu'on peut trouver. Et en retour le propriétaire reçoit une commission pour chaque transaction. Entretien ! Actuellement, je m’adresse à une jeune dont on a entendu parler récemment. Seulement, curieux que nous sommes à Zoopolis.Tv, on aimerait bien en savoir plus. Peux-tu nous dire donc qui était Wala Kasmi avant la concrétisation de ce projet ? Wala Kasmi était ingénieure en informatique et activiste, comme on aime l'appeler, mais qui était aussi convaincue d'une chose : On ne fait pas de révolution sans projet et on n'est pas révolutionnaire si on n'arrive pas à être une force de proposition. Il faut dire que la question me fait un peu rire, j'étais qui avant d'être aussi connue ? Je dirai que je suis quelqu'un qui aimerait être connue pour son travail et non à travers des mots. Après le départ de Ben Ali, j'ai été sur des plateaux télé et des radios pour parler de la jeunesse. Jusqu'au jour où j'ai décidé d'arrêter parce que, nous, la jeunesse, on n'a rien encore proposé. Et je suis donc allée sur le terrain pour parler à tout le monde pendant plus d'une année... Une certitude s'est créé : On ne pourra pas assurer le progrès du pays sans jeunesse dans les prises de décisions. Et j'ai décidé de lancer le projet "Youth Decides" auquel je dédie tout mon temps depuis un an et demi. Ce que vous voyez maintenant n'est que le fruit d’un long travail et d'une persévérance qui m'étonne moi même. Venons-en au fait ! Le projet « We code », parlons-en ! Comme je vous ai dit, je suis ingénieure comme la majorité de l'équipe YD et on connaissait très bien l'opportunité qui existe dans les technologies de l'information et de communication. On a toujours su gagner de l'argent en créant des sites, des applications, en lançant nos propres business numérique et on a décidé de démocratiser ce concept pour que les jeunes puissent gagner leurs vies grâce à un ordinateur et une connexion internet et sur une marche internationale. Tu as surement dû faire face à des difficultés avant de parvenir à donner naissance à ce projet de taille. Quels sont les principaux obstacles que tu as dû affronter ? Malheureusement quand on parle d'innovation sociale et technologique, il faut être visionnaire et avoir les capacités nécessaires pour voir l'opportunité dans le numérique. Donc on n'a pas été compris la majorité du temps. Même ceux qui comprenaient notre projet, avaient d'autres priorités : d'ordre politique généralement. On a eu quand même beaucoup de soutien d'écoles comme Esprit ou APAC durant la phase pilote du projet We Code. On aurait aimé que les bailleurs de fonds soient moins traditionnels et plus flexibles quant à leurs stratégies préétablies. Recevoir un prix des mains du président François Hollande, ça doit être quelque chose ! Comment s’est déroulée votre rencontre ? Tes impressions ? C'est évidemment une grande reconnaissance au travail qui a été fait pour la jeunesse et par la jeunesse. La rencontre a eu lieu le 19 Novembre 2015, lors d'un petit déjeuner à l'Élysée. On était le premier jeudi après les attaques de Paris qui n'ont pas empêché la cérémonie de se dérouler même si la médiatisation du prix n'a pas eu lieu. Le dispositif présidentiel appelé « La France S'engage au Sud » est mis en place pour détecter les talents et les jeunes qui ont su trouver des solutions concrètes aux problèmes de la société pour les aider à dupliquer leurs projets et les rendre durable. Pour moi ce genre d'initiatives mérite tout le respect et la gratitude d'une jeunesse qui peine à être écoutée. J'aurais aimé qu'on mette en marche ce genre de dispositif localement parce que les défis auxquels on doit faire face sont nouveaux et seule l'innovation sociale peut nous aider à les surmonter. La mission des décideurs est donc de trouver les gens qui ont inventé des solutions et les aider à avoir un impact plus grand. Des projets en perspective ?  Oui, j'espère mettre en marche le projet We Code correctement pour m'occuper du projet iDecide dont vous allez entendre parler bientôt. Dernière question : Qu’as-tu à dire à une jeunesse en grande partie, désenchantée mais qui essaie tant bien que mal de résister et d’atteindre leurs objectifs ?      Je leur dis que toute nation passe par des examens et seules celles qui le méritent restent en vie. On est en train de vivre un examen historique et géographique, si on tient à cette terre et à tout ce qu'on partage, on doit non seulement se battre mais on doit proposer, créer et innover. La solution c'est nous !

EXCLU : LerPesse livre ses secrets à Zoopolis !
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LerPesse ou ce Gorafi à la tunisienne qui, depuis 2013, en a piégé plus d'un ! Une équipe de faux journalistes, quelques informations inspirées de l'actualité nationale, un zeste d'ironie, le tout mélangé à une bonne dose d'humour, voici la recette du succès de LerPesse.   [dropcap]M[/dropcap]ais qui sont-ils ? Comment s'organisent-ils, et quelles sont leurs motivations ? Le groupe a répondu aux questions de Zoopolis... à sa façon ! Une interview décalée, bien à leur image.   1- Quels sont les profils des rédacteurs qui travaillent pour LerPesse ? LerPesse fait preuve d'une rigueur de tous les instants dans le choix de ses rédacteurs. En effet, nous nous assurons au préalable que les rédacteurs sur lesquels le choix s'est porté disposent invariablement de deux profils: un profil droit, un gauche. Tous ceux qui ne répondent pas à ce critère fondamental aux yeux de la rédaction se verront systématiquement opposer une fin de non-recevoir. 2- Comment procédez-vous au recrutement de plumes qui manient aussi bien l'ironie ? Nous sommes dans le regret de briser un mythe en vous révélant que l'ironie que vous saluez dans nos publications est l'œuvre de nos rédacteurs, et nullement de quelques plumes que ce soit. Toujours est-il qu'à notre connaissance, il n'existe pas de plumes à même de rédiger comme le ferait un être humain, leur utilité se résumant à remplir nos oreillers, ou, tout au plus, à assurer une fonction purement ornementale consistant à garnir des objets de décoration comme l’exemple en photo ci-dessous (photo 1) :     3- Comment vous vous organisez quant à la répartition des tâches ? Pour ce qui a trait à la répartition des taches, c'est au bon vouloir des rédacteurs qui ont le pouvoir absolu en la matière. En effet, si certains préfèrent les taches d'huile ou de ragoût sur la chemise ou le tricot de peau (un grand classique), d'autres sont plus adeptes des taches de vin sur le tapis ou celles de rouge à lèvres au cou, sans oublier les quelques originaux qui ont un faible pour Tachkent, mais ça, c'est un autre sujet ! 4- Quelles sont vos principales motivations ? Vos objectifs ? Là aussi, il y a autant de motivations que de personnes. Certains caressent le doux rêve de devenir le nouveau Samir Elouafi, d'autres cherchent l'âme sœur, sans oublier ceux qui ambitionnent d'acheter une Symbol à crédit ou encore ceux qui tirent profit de la notoriété de Lerpesse pour soutirer des faveurs intimes à des fans peu farouches. Quant aux objectifs, il y en a aussi pour tous les goûts: ça va de l'incontournable de Canon (photo 2) au AF-S DX NIKKOR 35 mm f/1.8G de Nikon (photo 3), sans oublier le non moins intéressant TAMRON AF 18-200 mm f/3.5-6.3 XR Di (photo 4).         5- Comment choisissez-vous vos sujets ? Et quels sont les sujets qui buzzent le plus auprès des internautes ? Comme déjà expliqué à nos fidèles lecteurs, la recherche du buzz n'a jamais fait partie des priorités de LerPesse, le but étant de se placer sur le créneau délaissé de l'information alternative de bon aloi. Par ailleurs, le choix des sujets se fait à l'aide d'un logiciel informatique sophistiqué dont la fonction consiste à associer plusieurs mots de manière complètement aléatoire. À titre d'exemple, les titres concoctés aujourd'hui par notre logiciel sont: "L'immobilier de bureaux à Bouhajla boosté par la montée du cours mondial de paprika !" ou encore "Il mange une solution tampon tout en déflorant une plante de basilic." En vous remerciant de votre intérêt, nous espérons avoir convenablement répondu à vos questions, et vous affirmons notre entière disponibilité dans l'optique d'autres interviews. Par ailleurs, nous ne pouvons que valoriser l’énorme travail que vous faites, en tant que Zoopolis, dans le maintien de l'ordre au sein de la communauté animale du Belvédère.  

Le Journal de la Médina جريدة المدين : Rencontre avec les fondateurs

Loin d'être un magazine comme les autres, Le Journal de la Médina est un concept novateur crée par et pour la communauté de la Médina. La particularité de ce journal c'est qu'il est totalement en accord avec son temps et avec la société contemporaine Tunisienne. Les articles sont écrits en Derja (pas d'arabe littéraire barbant), et les éditions mensuelles sont distribuées gratuitement à la Médina au Café EL ANBA et à l'espace DIWAN.   [dropcap]N[/dropcap]ous avons rencontré pour vous trois personnes qui ont fait en sorte que ce projet voit le jour, Raoul Cyril Humpert, Zeineb Mediouni et Emily Sarsam.   Vous présentez le Journal de la Médina en tant que Journal créé pour et par la communauté de la Médina. Est-ce donc un journal réservé aux habitants de la Médina ? Zeineb : Tout d'abord, nous avons défini la communauté de la Médina dès le début. Lors du lancement de ce projet, on a décidé de définir cette communauté en tant que personnes qui habitent, travaillent et visitent la Médina, peu importe le statut de résidence ou d'appartenance de celui qui la pratique. Même quelqu'un qui vient juste boire un café à la Médina, fait partie de la communauté car il consomme l'espace. Raoul Cyril : Nous voulons aussi que les gens voient le journal comme leur propre projet. Nous sommes ouverts à toutes les propositions de bénévoles qui veulent s'exprimer, raconter leur histoire, faire partager un poème, une chanson, des recettes... Je trouve que la culture de la participation n'existe pas vraiment en Tunisie à cause peut-être de la dictature. Nous voulons que l'esprit de partage devient une habitude et que les gens s'imprègnent de ça. Emily : C'est très important que le journal ne paraisse pas très prestigieux, parce que si on avait créé un journal très prestigieux les gens seraient intimidés et n'auraient pas le courage de nous écrire ou de nous proposer des articles. C'est aussi pour ça que le journal est écrit en Derja afin de faciliter sa lecture et encourager les gens à y participer. Tout le monde est le bienvenu à la Jerida.   Les sujets traités dans le journal touchent plusieurs aspects de la Médina que ce soit l'architecture, l'art, le mode de vie, les événements culturels, la société, allant de fripe El Hafsia aux décorations des portes de la médina. Comment pourriez-vous le définir si vous aviez à le catégoriser ? Raoul : Nous définissons le Journal de la Médina comme étant un phénomène "Socio Urbain", on essaie aussi de garder les sujets traités de la Jerida un peu généraux, par exemple pour la première édition nous avons choisi comme thème le "Jaw", l'atmosphère médinale qu'on a essayé de traiter sous différents aspects. Emily : Pour la seconde édition, nous avons choisi comme thème "Les visages", que ce soit en rapport aux visages des bâtiments, c'est-à-dire les façades ou les visages des gens. Pour la troisième édition, qui sera bientôt distribuée, le thème sera "Dhakkarni".   Je trouve que les sujets traités dans le journal sont originaux et parfois assez inattendus. N'avez-vous pas peur des réactions péjoratives des lecteurs ? Zeineb : On voulait éviter l'image de carte postale de la Médina de Tunis, d'où le choix de sujets originaux comme la Fripe del Hafsia, même si on a eu beaucoup de critiques soi-disant que la fripe salirait la Médina, surtout de la part des "Baldia" (Rires). Mais vu qu'on a le dénis dans le sang en Tunisie, on ne veut voir que ce qu'on on a envie de voir.   Donc vous n'aviez eu que des retours négatifs sur cet article ? Personnellement je l'ai adoré  Raoul : On a aussi eu de bons feed backs, en premier lieu parce que dans la vie de tous les jours, tout le monde connaît la fripe, chacun de nous a une histoire avec elle, mais personne ne s'est jamais vraiment intéressé au sujet, peut-être parce que c'est encore socialement tabou d'en parler (Rires).   Quelles sont vos attentes pour l'avenir du Journal ? Raoul : En ce moment nous sommes financés par l'IFA qui est un institut Allemand financé par le ministère des affaires étrangères pour l'échange culturel et aussi par des donations, ce qui nous permettra de continuer jusqu'à la 4ème édition. On ne sait pas encore comment les choses vont évoluer après ça, mais espérant qu'on trouve un financement qui nous soutiendra afin de continuer ce projet . Dans le cas où on ne trouvera pas de financement pour imprimer le journal nous essayerons de faire vivre le projet avec des éditions en ligne.       C'est grâce à la participation des bénévoles que ce journal a pu voir le jour, alors en tant Zoomoureuse de la Médina de Tunis et du Journal de La Médina, je vous invite à toquer la porte du bureau qui se trouve à Bir Lahjar et de proposer vos idées, vos poèmes ou même juste de parler de votre expérience dans la Médina de Tunis. Le Journal de la Médina propose aussi une édition en ligne plus accessible, que vous pourriez trouver sur leur Tumblr Journaldelamedina.tumblr.com Pour les plus paresseux d'entre vous, l'équipe de la Jerida vous proposes une version audio que vous pourriez découvrir sur Youtube !